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𝐋𝐞𝐬 𝐃𝐞𝐮𝐱 𝐁𝐨𝐬𝐬𝐮𝐞𝐬

Written by admin on 30 Juillet 2026. Posted in Contes.

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𝑼𝒏𝒆 𝒍𝒆́𝒈𝒆𝒏𝒅𝒆 𝒅𝒆 𝒄𝒐𝒎𝒑𝒂𝒔𝒔𝒊𝒐𝒏 𝒆𝒕 𝒅𝒆 𝒔𝒐𝒖𝒇𝒇𝒓𝒂𝒏𝒄𝒆 𝒔𝒊𝒍𝒆𝒏𝒄𝒊𝒆𝒖𝒔𝒆
 
𝐋𝐞𝐬 𝐃𝐞𝐮𝐱 𝐁𝐨𝐬𝐬𝐮𝐞𝐬
Quand les anciens parlent, les plus jeunes se taisent avec respect. Car leurs paroles sont comme des graines de baobab : minuscules dans la paume, elles contiennent pourtant une forêt entière. C'est avec ce respect, et avec le cœur ouvert, que je vous invite à écouter cette histoire venue des terres chaudes du Sénégal, là où le soleil s'attarde chaque soir, peinant à quitter l'horizon avant de plonger doucement dans la grande mer. C'est une histoire qui nous parle à tous, car elle résonne avec nos propres souffrances invisibles.
Il y a bien longtemps vivait un homme appelé Momar. Il avait deux épouses, et chacune d'elles portait une bosse sur son dos. Mais oh, combien différentes étaient les charges qui pesaient dans leurs cœurs ! Car vous le savez, la bosse que l'on voit n'est jamais la plus lourde à supporter. Et c'est précisément cela que nous devons comprendre ensemble.
La première épouse s'appelait Khary, et je voudrais vraiment que vous sentiez sa souffrance, que vous la compreniez dans vos propres entrailles. Sa bosse était petite, si discrète qu'un large boubou suffisait à la cacher. Pourtant, écoutez bien : elle lui pesait sur le cœur comme une montagne entière. Imaginez cela. Imaginez porter en vous une montagne que personne ne peut voir.
Depuis son enfance, cette pauvre Khary avait connu les moqueries les plus cruelles. Les autres enfants l'appelaient "Khary khougué" (la Bossue), et riaient en lui demandant si elle portait un bébé sur son dos. Ces rires, vous comprenez, ne sont pas de simples paroles oubliées et sans conséquence. Ce sont des épines qui poussent avec les années, qui s'enfoncent plus profondément encore dans la chair du cœur. Elles laissent des cicatrices qui ne guérissent jamais tout à fait.
Khary a grandi avec la peur permanente des regards des autres. Cette peur était son ombre constante, son compagnon silencieux. Elle portait la honte dans le ventre comme une maladie chronique qui ne la quittait jamais. Elle se méfiait de chacun, sortait le moins possible et se cachait derrière ses colères. Ces colères, voyez-vous, n'étaient pas de la méchanceté. C'étaient des cris d'une âme blessée, son armure, sa protection contre un monde qu'elle avait appris à redouter profondément.
Plus les années passaient, plus son cœur se fermait, comme une calebasse oubliée au soleil qui se durcit et craque sous la chaleur. Je vous le demande : pouvez-vous imaginer cette solitude ? Cette certitude constante que les autres la jugent, la méprisent, la trouvent indigne d'amour ? Quel fardeau terrible de porter cela chaque jour de sa vie.
Puis un jour, Momar prit une deuxième épouse, comme cela se faisait parfois dans ces temps anciens. Son nom était Koumba. Oui, Koumba était bossue aussi. Mais sa bosse ! Elle était immense, si grande qu'on aurait cru qu'elle portait une petite colline sur son dos. Une bosse bien plus visible, bien plus lourde que celle de Khary.
Et pourtant – et écoutez-moi bien – Koumba riait souvent. Elle riait avec un cœur sincère et lumineux.
Quand les enfants lui demandaient autrefois de lui prêter le bébé qu'elle portait sur son dos, Koumba éclatait de rire et répondait avec tendresse :
« Je veux bien, mais il refuse toujours de descendre pour boire son lait ! »
Voilà ce qu'était Koumba : une femme remarquable qui avait fait un choix extraordinaire et conscient. Elle avait décidé, malgré tout, malgré sa bosse imposante, de ne pas laisser son fardeau lui voler sa joie de vivre. Et n'est-ce pas là le vrai courage ? Non pas l'absence de souffrance – car elle souffrait aussi – mais la décision consciente de continuer à sourire, de continuer à danser malgré le poids du monde.
Car les anciens disent avec sagesse : « Ce n'est pas la charge qui courbe l'homme, mais la manière dont il la porte. »
Dans la maison de Momar, Koumba travaillait avec un courage admirable qui émouvait tous ceux qui la voyaient. Elle allait au puits chercher l'eau, lavait le linge difficile, pilait le mil dans le mortier avec persévérance, portait les repas aux champs sous le soleil brûlant et aidait son mari dans tous ses travaux. Et remarquez ceci, s'il vous plaît : elle appelait Khary « ma grande sœur » avec sincérité et affection. Elle cherchait constamment à lui faire plaisir, à lui offrir des sourires et des paroles gentilles.
Mais nous savons tous, n'est-ce pas, que la gentillesse, aussi sincère soit-elle, ne peut pas toujours guérir les blessures profondes qui ont leurs racines dans l'enfance. Le cœur de Khary demeurait prisonnier des humiliations de ses premières années. Et plus Koumba se montrait douce et joyeuse, plus Khary souffrait en se comparant à elle, plus cette jalousie s'installait dans son âme. Vous comprenez cette spirale cruelle ? Cette jalousie qui naît non pas du mal, mais de la douleur accumulée.
Il faut être très prudent avec l'envie. L'envie est un feu qui n'incendie pas la maison du voisin : elle commence toujours par consumer celle que l'on habite.
Un jour, alors que Momar dormait sous l'ombre épaisse d'un tamarinier au milieu des champs, Koumba entendit une voix l'appeler doucement. Une vieille femme était assise sur une branche, ses longs cheveux blancs descendant comme des fibres de coton jusqu'à sa taille. Ses yeux brillaient d'une sagesse ancienne.
- « Que la paix soit avec toi, Koumba », lui dit doucement la vieille femme.
- « Que la paix soit avec toi, Grand-mère », répondit-elle avec un profond respect.
La vieille femme la regarda avec une bienveillance infinie. « Je te vois, Koumba, et je vois la lumière qui émane de toi. Tu portes un lourd fardeau sur ton dos, mais ton sourire reste aussi brillant que le soleil de midi. Ta gentillesse envers tous, même envers ceux qui te blessent, est un trésor rare. C'est pour cela que je veux te faire un cadeau. Non pas un cadeau que tu peux tenir dans ta main, mais une information précieuse qui pourrait changer ta vie si tu as le courage de l'utiliser. »
Koumba, le cœur battant, écoutait attentivement. La vieille femme poursuivit alors : « Vendredi prochain, c’est la pleine lune. Cette nuit-là, les filles-génies dansent sur la colline d’argile de N’Guew. Si tu les rejoins et que tu prononces les mots que je vais t’enseigner, ton fardeau te sera enlevé. »
Koumba pourrait rejoindre leur ronde et se libérer de sa bosse en prononçant les paroles sacrées.
Cette nuit-là, les génies dansaient au son des tam-tams. Koumba prononça les paroles magiques, et quand elle s'enfuit avant le chant du coq, sa bosse avait disparu.
Imaginez ! Quelle joie elle dut ressentir. Mais écoutez bien : Au petit matin, quand Khary ouvrit les yeux et se redressa sur son lit, son regard se posa sur Koumba. Son cœur s'arrêta un instant. La silhouette de sa co-épouse était droite, élancée, parfaitement fluide sous son boubou. La colline qu'elle portait sur le dos avait totalement disparu.
Le choc fut si violent, l'incompréhension et l'émotion si subites, que la vue de Khary se troubla. Le souffle lui manqua et elle s'évanouit brutalement, s'effondrant sur le sol de la pièce.
Koumba se précipita aussitôt pour la relever, lui rafraîchit le visage avec de l'eau fraîche et la berça doucement jusqu'à ce qu'elle retrouve ses esprits. Quand Khary rouvrit les yeux, les larmes aux joues, Koumba lui prit les mains et lui dit avec une infinie tendresse : « Ne crains rien, ma sœur. Ne pleure plus. Ce qui m'est arrivé n'est pas de la sorcellerie, c'est une grâce. Et toi aussi, tu peux en bénéficier. »
Elle lui raconta alors simplement tout ce qui s'était passé sur la colline de N'Guew...
« Va, ma sœur, lui dit-elle avec douceur. Toi aussi, tu peux être délivrée. »
Khary attendit le vendredi de pleine lune avec l'impatience de ceux qui ont trop longtemps souffert. Elle espérait enfin cette délivrance tant attendue.
Quand vint la nuit promise, Khary rejoignit la colline des génies. Les tam-tams résonnaient, les filles-génies dansaient dans la poussière argentée.
Khary prononça les mêmes paroles que Koumba. Mais la fille-génie répondit :
« Ah non! C'est à mon tour ! Garde plutôt celle-ci, qu'on m'a confiée il y a une lune entière. »
Et elle posa sur Khary la bosse que Koumba avait abandonnée.
Khary se retrouva avec deux bosses : la sienne et celle de Koumba.
Cette nuit-là, quelque chose en elle s'effondra complètement. Elle courut longtemps sous la lune, comme si elle pouvait laisser derrière elle sa douleur, et elle courut jusqu'à la mer.
La mer ne voulut pas tout emporter. Elle garda le souvenir de Khary.
Depuis ce jour, deux collines veillent sur Dakar. Ce sont les Mamelles. Leurs formes rondes, douces comme des seins maternels, se sont figées dans la pierre pour nous rappeler que nul ne connaît le poids des blessures cachées dans le cœur d'autrui.
Car nous oublions trop souvent : la compassion naît de cette compréhension profonde que chacun porte un fardeau invisible. Soyons donc doux les uns envers les autres.
𝑷𝑺: 𝑪'𝒆𝒔𝒕 𝒔𝒖𝒓 𝒍𝒂 𝒑𝒍𝒖𝒔 𝒅𝒆𝒔 𝒅𝒆𝒖𝒙 𝒄𝒐𝒍𝒍𝒊𝒏𝒆𝒔 𝒒𝒖'𝒂 𝒆́𝒕𝒆́ 𝒆́𝒓𝒊𝒈𝒆́ 𝒍𝒆 𝑴𝒐𝒏𝒖𝒎𝒆𝒏𝒕 𝒅𝒆 𝒍𝒂 𝑹𝒆𝒏𝒂𝒊𝒔𝒔𝒂𝒏𝒄𝒆 𝑨𝒇𝒓𝒊𝒄𝒂𝒊𝒏𝒆.
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𝐏𝐨𝐮𝐫𝐪𝐮𝐨𝐢 𝐥𝐞𝐬 𝐛𝐞̂𝐭𝐞𝐬 𝐧𝐞 𝐬𝐞 𝐩𝐚𝐫𝐥𝐞𝐧𝐭 𝐩𝐥𝐮𝐬

Written by admin on 30 Juillet 2026. Posted in Contes.

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𝑫𝒆𝒖𝒙 𝒉𝒊𝒔𝒕𝒐𝒊𝒓𝒆𝒔 𝒑𝒐𝒖𝒓 𝒍𝒆𝒔 𝒕𝒐𝒖𝒕-𝒑𝒆𝒕𝒊𝒕𝒔
 
𝘘𝘶𝘪 𝘮𝘦𝘯𝘵, 𝘲𝘶𝘪 𝘴𝘦 𝘮𝘰𝘲𝘶𝘦 𝘰𝘶 𝘲𝘶𝘪 𝘮𝘢𝘯𝘨𝘦 𝘴𝘦𝘶𝘭 𝘧𝘪𝘯𝘪𝘵 𝘱𝘢𝘳 𝘱𝘦𝘳𝘥𝘳𝘦 𝘵𝘰𝘶𝘴 𝘴𝘦𝘴 𝘢𝘮𝘪𝘴.
C'est ce qui arriva un jour à quatre bêtes de la brousse : le Singe et le Caméléon, l'Abeille et le Crapaud. Ils étaient amis, autrefois.
Mais voici leurs histoires...
 
𝗟𝗲 𝗦𝗶𝗻𝗴𝗲 𝗲𝘁 𝗹𝗲 𝗖𝗮𝗺𝗲́𝗹𝗲́𝗼𝗻
Un jour, le Singe gambadait sur un sentier. Il aperçut le Caméléon, immobile contre une termitière.
— Bonjour, oncle Caméléon ! Comment ça va ? demanda le Singe d'une voix gentille.
Le Caméléon, qui aimait la solitude, répondit poliment :
— Je vais très bien, merci.
Mais le Singe était curieux. Il s'approcha tout près et demanda :
— Où vas-tu, mon oncle ?
— Je vais à Ndoubélane, répondit le Caméléon.
Le Singe, qui n'aimait pas rester seul, dit :
— Eh bien ! Je t'accompagne. Je m'adapterai à ton allure.
Ils partirent donc ensemble. Mais quel drôle de voyage ! Le Singe sautillait partout, devant, derrière, à droite, à gauche. Le Caméléon, lui, avançait lentement, balançant sa tête, tâtant l'air, comme s'il cherchait des épines sous ses pieds.
Le soleil tapait très fort. Ils s'arrêtèrent à l'ombre d'un palmier. Le Singe, qui était curieux et gourmand, monta tout en haut et but tout le vin de palme qui était dans une gourde. Quand il redescendit, il dit simplement :
— Ce vin était délicieux. Continuons !
Mais bientôt, le propriétaire du champs de palmier, arriva, furieux. Il avait trouvé sa gourde brisée et son vin bu.
— Qui a volé mon vin ? demanda-t-il en colère.
Le Caméléon se tut. Il ne voulait pas accuser son compagnon. 𝑪𝒂𝒓 𝒖𝒏 𝒂𝒎𝒊 𝒗𝒆́𝒓𝒊𝒕𝒂𝒃𝒍𝒆 𝒏𝒆 𝒅𝒆́𝒏𝒐𝒏𝒄𝒆 𝒑𝒂𝒔 𝒔𝒐𝒏 𝒂𝒎𝒊, 𝒎𝒆̂𝒎𝒆 𝒒𝒖𝒂𝒏𝒅 𝒊𝒍 𝒂 𝒕𝒐𝒓𝒕.
Mais le Singe, lui, tendit son doigt vers le Caméléon et dit :
— C'est lui ! C'est le Caméléon !
Le Caméléon ouvrit de grands yeux :
— Mais c'est toi qui l'as bu !
— Nous allons marcher tous les deux, dit le Singe. Tu verras bien que c'est celui qui titube qui est ivre.
Et le Singe marcha bien droit, bien ferme. Puis il dit au Caméléon :
— Marche, toi, si tu n'as pas bu. Un ivrogne ne peut se cacher ! !
Le pauvre Caméléon avança... et se mit à tituber, comme tous les caméléons du monde, qui ont toujours une démarche hésitante.
On attrapa le Caméléon et le battit. Puis l'homme le laissa, en disant :
— Si tu n'es pas mort, remercie ton camarade !
Le Singe et le Caméléon reprirent leur route en silence. Mais le cœur du Caméléon était lourd. Il avait froid, non pas à cause du vent, mais à cause de la méchanceté du Singe. Car un mensonge blesse plus qu'un bâton, et la trahison est une plaie qui ne guérit pas.
Arrivés près des champs de Ndoubélane, le Caméléon dit :
— J'ai froid. Je vais mettre le feu à ce champ pour me réchauffer.
Le Singe s'écria :
— Non ! Surtout pas !
Mais le Caméléon alla chercher un tison et brûla un coin du champ. Les gens de Ndoubélane accoururent, furieux :
— Qui a mis le feu ?
— Je ne sais pas, dit le Caméléon. J'ai vu la flamme et je suis venu voir.
Puis il se tourna vers le Singe et dit :
— Montre tes mains, Singe. Celui qui a mis le feu doit avoir les mains noires.
Le Singe tendit ses mains : elles étaient noires, comme celles de tous les singes. Le Caméléon tendit les siennes : elles étaient blanches et propres.
— Regardez ! triompha le Caméléon. L'incendiaire ne peut se cacher !
On attrapa le Singe, qui reçut une belle correction. Car celui qui tend un piège à son voisin finit souvent par y tomber lui-même.
𝑬𝒕 𝒅𝒆𝒑𝒖𝒊𝒔 𝒄𝒆 𝒋𝒐𝒖𝒓-𝒍𝒂̀, 𝒍𝒆 𝑺𝒊𝒏𝒈𝒆 𝒆𝒕 𝒍𝒆 𝑪𝒂𝒎𝒆́𝒍𝒆́𝒐𝒏 𝒏𝒆 𝒔𝒆 𝒑𝒂𝒓𝒍𝒆𝒏𝒕 𝒑𝒍𝒖𝒔.
 
𝗟'𝗮𝗯𝗲𝗶𝗹𝗹𝗲 𝗲𝘁 𝗹𝗲 𝗰𝗿𝗮𝗽𝗮𝘂𝗱
Pendant ce temps, bien loin de là, le petit crapaud sautillait sur le chemin du marigot. Lui aussi aimait beaucoup parler. Il saluait tout le monde : ceux qui volent, ceux qui rampent, ceux qui marchent. Il était poli et curieux.
Un jour, l'abeille l'invita à manger chez elle.
— Viens demain, crapaud, nous partagerons mon repas ! dit-elle.
Le crapaud était très content. Le lendemain, il sautilla joyeusement jusqu'à la maison de l'abeille.
— Bonjour, abeille ! salua-t-il poliment.
— Bonjour ! répondit l'abeille. Approche, crapaud !
Le Crapaud s'approcha de la calebasse pleine de miel. Il tendit la main pour prendre un peu de ce bon repas. Mais l'abeille l'arrêta :
— Oh ! Mais tu ne peux pas manger avec une main aussi sale ! Va donc te laver au marigot !
Le Crapaud, qui était bien élevé, partit aussitôt. Il sauta jusqu'au marigot, se lava les mains et revint.
Mais l'Abeille lui dit encore :
— Elles sont encore plus sales qu'avant, tes mains ! Retourne les laver !
Le crapaud repartit. Puis il revint. Et l'abeille lui dit la même chose. Il repartit encore, et revint encore.
Il fit ainsi sept fois le chemin. À chaque fois, ses mains étaient sales à cause de la boue du sentier. À chaque fois, l'abeille lui disait :
— Va les laver !
Quand il revint de son septième voyage, la calebasse était vide. L'abeille avait tout mangé pendant qu'il allait et venait.
Le crapaud comprit alors qu'elle s'était moquée de lui.
𝑈𝑛 𝑚𝑒𝑛𝑠𝑜𝑛𝑔𝑒 𝑏𝑙𝑒𝑠𝑠𝑒 𝑝𝑙𝑢𝑠 𝑞𝑢'𝑢𝑛 𝑏𝑎̂𝑡𝑜𝑛, 𝑒𝑡 𝑙𝑎 𝑚𝑜𝑞𝑢𝑒𝑟𝑖𝑒 𝑒𝑠𝑡 𝑢𝑛𝑒 𝑝𝑙𝑎𝑖𝑒 𝑞𝑢𝑖 𝑛𝑒 𝑔𝑢𝑒́𝑟𝑖𝑡 𝑝𝑎𝑠. Mais il fut tout de même poli. Il dit :
— Passe la journée en paix, abeille.
Et il s'en retourna chez lui, tout triste, dans son vieux canari.
Des jours passèrent. Le crapaud avait beaucoup appris, auprès des grands et des vieux. Un jour, il dit à l'abeille :
— Viens donc manger chez moi, abeille. Nous partagerons mon repas.
L'abeille accepta. Le surlendemain, elle arriva chez le Crapaud. Elle se posa sur le seuil et salua :
— Crapaud, comment vas-tu ?
— Je viens très bien ! répondit le Crapaud, qui était accroupi devant une calebasse pleine de bonnes choses. Entre donc, mon amie !
L'abeille entra en bourdonnant : Vrrou ! Vrrou !
Le Crapaud fit une grimace :
— Ah non ! Abeille, je ne peux pas manger en musique. Laisse ton tam-tam dehors, je t'en supplie !
L'abeille sortit. Puis elle rentra en bourdonnant encore plus fort. Elle sortit et rentra sept fois. Sept fois elle fit du bruit. Sept fois le crapaud lui demanda d'arrêter.
𝐶𝑒𝑙𝑢𝑖 𝑞𝑢𝑖 𝑡𝑒𝑛𝑑 𝑢𝑛 𝑝𝑖𝑒̀𝑔𝑒 𝑎̀ 𝑠𝑜𝑛 𝑣𝑜𝑖𝑠𝑖𝑛 𝑓𝑖𝑛𝑖𝑡 𝑠𝑜𝑢𝑣𝑒𝑛𝑡 𝑝𝑎𝑟 𝑦 𝑡𝑜𝑚𝑏𝑒𝑟 𝑙𝑢𝑖-𝑚𝑒̂𝑚𝑒. L'abeille avait fait sept fois le chemin pour rien, pendant que le Crapaud mangeait tranquillement.
Quand elle rentra pour la septième fois, la calebasse était vide et lavée.
L'abeille comprit alors qu'elle avait été moquée à son tour.
𝑬𝒕 𝒅𝒆𝒑𝒖𝒊𝒔 𝒄𝒆 𝒋𝒐𝒖𝒓-𝒍𝒂̀, 𝒍'𝑨𝒃𝒆𝒊𝒍𝒍𝒆 𝒆𝒕 𝒍𝒆 𝑪𝒓𝒂𝒑𝒂𝒖𝒅 𝒏𝒆 𝒔𝒆 𝒑𝒂𝒓𝒍𝒆𝒏𝒕 𝒑𝒍𝒖𝒔.
Ainsi, dans la brousse, les amitiés se sont brisées une à une. Le Singe a perdu le Caméléon. L'Abeille a perdu le Crapaud.
𝐶𝑎𝑟 𝑢𝑛𝑒 𝑓𝑜𝑖𝑠 𝑞𝑢𝑒 𝑙𝑎 𝑐𝑜𝑛𝑓𝑖𝑎𝑛𝑐𝑒 𝑒𝑠𝑡 𝑏𝑟𝑖𝑠𝑒́𝑒, 𝑒𝑙𝑙𝑒 𝑛𝑒 𝑠𝑒 𝑟𝑒́𝑝𝑎𝑟𝑒 𝑗𝑎𝑚𝑎𝑖𝑠, 𝑝𝑎𝑠 𝑝𝑙𝑢𝑠 𝑞𝑢'𝑢𝑛𝑒 𝑔𝑜𝑢𝑟𝑑𝑒 𝑓𝑒𝑛𝑑𝑢𝑒 𝑛𝑒 𝑟𝑒𝑡𝑖𝑒𝑛𝑡 𝑙'𝑒𝑎𝑢, 𝑝𝑎𝑠 𝑝𝑙𝑢𝑠 𝑞𝑢'𝑢𝑛𝑒 𝑐𝑎𝑙𝑒𝑏𝑎𝑠𝑠𝑒 𝑣𝑖𝑑𝑒 𝑛𝑒 𝑠𝑒 𝑟𝑒𝑚𝑝𝑙𝑖𝑡 𝑡𝑜𝑢𝑡𝑒 𝑠𝑒𝑢𝑙𝑒, 𝑝𝑎𝑠 𝑝𝑙𝑢𝑠 𝑞𝑢'𝑢𝑛 𝑜𝑠 𝑟𝑜𝑛𝑔𝑒́ 𝑛𝑒 𝑟𝑒𝑑𝑒𝑣𝑖𝑒𝑛𝑡 𝑒𝑛𝑡𝑖𝑒𝑟.
Et depuis ce temps-là, dans la brousse, chacun va de son côté. Le Singe sautille seul. Le Caméléon s'immobilise seul. L'Abeille bourdonne seule. Le Crapaud sautille seul.
Ils se croisent parfois, sur le chemin du marigot ou au pied des arbres. Mais ils ne se parlent plus. Ils ont appris, chacun à sa manière, que 𝒎𝒆𝒏𝒕𝒊𝒓, 𝒔𝒆 𝒎𝒐𝒒𝒖𝒆𝒓 𝒐𝒖 𝒎𝒂𝒏𝒈𝒆𝒓 𝒔𝒆𝒖𝒍, 𝒄'𝒆𝒔𝒕 𝒍𝒆 𝒄𝒉𝒆𝒎𝒊𝒏 𝒔𝒖̂𝒓 𝒑𝒐𝒖𝒓 𝒑𝒆𝒓𝒅𝒓𝒆 𝒕𝒐𝒖𝒔 𝒔𝒆𝒔 𝒂𝒎𝒊𝒔.
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𝐊𝐚𝐦𝐚𝐧, 𝐥𝐞 𝐣𝐞𝐮𝐧𝐞 𝐡𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐪𝐮𝐞 𝐥'𝐨𝐧 𝐜𝐫𝐨𝐲𝐚𝐢𝐭 𝐩𝐚𝐫𝐞𝐬𝐬𝐞𝐮𝐱

Written by admin on 18 Juillet 2026. Posted in Contes.

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𝑻𝒐𝒖𝒕𝒆 𝒄𝒉𝒐𝒔𝒆 𝒂 𝒔𝒂 𝒓𝒂𝒊𝒔𝒐𝒏 𝒅'𝒆̂𝒕𝒓𝒆. 𝑨𝒗𝒂𝒏𝒕 𝒅𝒆 𝒋𝒖𝒈𝒆𝒓 𝒍'𝒂𝒓𝒃𝒓𝒆, 𝒂𝒕𝒕𝒆𝒏𝒅𝒔 𝒒𝒖'𝒊𝒍 𝒑𝒐𝒓𝒕𝒆 𝒔𝒆𝒔 𝒇𝒓𝒖𝒊𝒕𝒔.
Conte, conte, conte bien, Tonton Badou !
Il était une fois, dans un village de la verte Casamance, un homme et une femme qui avaient un fils unique nommé Kaman, le jeune homme que personne ne comprenait. Son nom évoque celui qui porte en lui une force cachée que seul le temps peut révéler.
Depuis sa naissance, ses parents l'avaient entouré d'amour, mais ils avaient oublié de lui transmettre l'une des plus grandes richesses de la vie : l'apprentissage du travail. Ils ne lui avaient jamais demandé de cultiver la terre, de ramasser le bois, ni même de participer aux tâches quotidiennes du village.
Ainsi, Kaman grandit en mangeant, dormant et observant le monde en silence. Il passait ses journées à l'ombre des cases, loin de l'agitation des autres enfants qui apprenaient déjà les gestes de leurs pères et de leurs mères.
Les villageois le regardaient avec étonnement. Certains le jugeaient paresseux, d'autres pensaient qu'il ne ferait jamais rien de sa vie. Pourtant, les anciens disent que la sagesse ne se mesure ni à l'âge ni aux apparences. Elle se révèle au moment voulu, comme la première pluie après la longue saison sèche.
Kaman parlait peu. Mais lorsqu'il ouvrait la bouche, ses paroles semblaient plus grandes que lui.
Il répétait souvent :
« Toute chose a son fondement. Celui qui sait attendre finit par comprendre. »
Et parfois, il ajoutait :
« Toute chose a sa raison d'être. Avant de juger l'arbre, attends qu'il porte ses fruits. »
Personne ne prêtait vraiment attention à ses proverbes.
Un jour, les jeunes hommes de son âge décidèrent d'aller passer l'hivernage dans un village voisin afin de travailler aux champs. C'était une tradition : chacun partait apprendre le courage, le travail et la solidarité auprès d'une famille qui l'accueillait pendant toute la saison des pluies.
Les compagnons de Kaman ne l'invitèrent pas. Ils étaient convaincus qu'il serait incapable de tenir une houe ou de travailler la terre.
Sur leur route, ils rencontrèrent une vieille femme qui leur demanda :
— Où est donc Kaman ?
Ils lui répondirent qu'il avait refusé de venir. Intriguée, la vieille femme se rendit aussitôt chez le jeune homme. Elle découvrit qu'il ignorait tout du départ de ses camarades.
Après son départ, Kaman alla trouver son père.
— Père, dit-il, je souhaite rejoindre mes compagnons. Je veux partir, moi aussi.
Son père secoua la tête avec tristesse.
— Mon fils, comment pourrais-je accepter ? Tu n'as jamais appris à travailler. Toute ta vie, tu as mangé et dormi. Je crains que tu ne déshonores notre famille.
Avec calme, Kaman répondit :
« Toute chose a son fondement. Celui qui sait attendre finit par comprendre. »
Puis il ajouta :
« Toute chose a sa raison d'être. Avant de juger l'arbre, attends qu'il porte ses fruits. »
Le père fut touché par la sagesse de ces paroles, mais demanda néanmoins à son fils d'aller consulter sa mère.
Sa mère lui fit la même réponse que son père. Pourtant, en entendant ses proverbes, elle sentit naître en elle une lueur d'espoir.
Les parents finirent par se regarder longuement. Ils comprirent alors qu'un enfant doit parfois avoir le droit de révéler lui-même ce qu'il porte dans son cœur.
— Donnons-lui sa chance, décidèrent-ils.
Kaman prit donc la route.
Lorsqu'il arriva dans le village d'accueil, le chef vint recevoir les nouveaux arrivants. Chaque famille choisit un jeune travailleur pour l'héberger pendant toute la saison.
Mais personne ne voulut de Kaman.
Ses camarades racontèrent à tous :
— Cet enfant n'a jamais travaillé de sa vie !
Seul un vieux couple, sans enfant et sans travailleur saisonnier, éprouva de la compassion pour lui.
— Ne serait-il pas préférable de l'accueillir ? demanda le vieil homme à son épouse. Un enfant a parfois besoin qu'on lui ouvre une porte pour découvrir le chemin qu'il doit emprunter.
La vieille femme répondit :
— Moi aussi, j'y pensais. Les gens disent qu'il ne sait rien faire, mais les hommes se trompent souvent lorsqu'ils jugent trop vite.
Ils allèrent chercher Kaman.
Le vieillard lui dit franchement :
— Je sais ce que l'on raconte sur toi, mon garçon. Je crains que tu ne sois incapable de travailler.
Kaman sourit doucement.
« Toute chose a son fondement. Celui qui sait attendre finit par comprendre. »
Le vieil homme acquiesça et le prit sous sa protection.
Les jours passèrent.
La vieille femme préparait ses repas et lavait ses vêtements. Quant à Kaman, il continuait à manger, à dormir et à ne rien faire.
Les villageois riaient de lui.
Lorsque vint le temps de défricher les champs, chacun travaillait avec ardeur tandis que Kaman restait assis.
Les moqueries se multiplièrent.
Un jour, il partit seul dans la forêt et déracina un immense arbre voisin d'un majestueux acajou d'Afrique. Il en fit un énorme fagot de bois qu'il rapporta au village.
Les habitants furent stupéfaits.
— Il a sûrement trouvé un arbre déjà tombé ! disaient-ils.
— Un jour, il finira bien par montrer sa véritable nature !
Mais Kaman ne répondait jamais aux insultes.
Il attendait simplement son heure.
Les premiers nuages noirs de l'hivernage apparurent enfin dans le ciel. Chacun préparait sa houe en attendant la première pluie.
Kaman, lui, fabriqua une houe extraordinaire, forgée à partir d'une lourde barre de fer qu'il façonna selon son propre savoir-faire.
Le soir venu, après avoir bien mangé, il poussa un cri si puissant qu'il résonna dans tout le village et jusque dans les villages voisins.
Les habitants s'interrogèrent.
— Pourquoi ce cri ?
Personne ne le comprit.
Puis la première pluie tomba.
Avant même le chant du coq, Kaman quitta discrètement sa case.
Cette nuit-là, quelque chose d'extraordinaire se produisit.
Il laboura le champ de son tuteur.
Puis celui de ses voisins.
Puis celui de tout le village.
Il laboura les champs de mil, de maïs, de fonio, d'arachides, de sorgho et de manioc.
Il travailla sans relâche jusqu'à ce que tous les champs soient prêts à recevoir les semences.
Et lorsqu'il eut terminé, il poursuivit son œuvre dans la forêt. Les arbres tombaient autour de lui comme si la terre elle-même avait décidé de lui confier sa force.
À l'aube, personne ne savait encore où il se trouvait.
Le vieux couple, inquiet, alla le chercher. En découvrant que tous les champs avaient été labourés, le vieil homme comprit enfin.
Les larmes aux yeux, il murmura :
« Toute chose a son fondement. Celui qui sait attendre finit par comprendre. »
Le chef du village envoya le meilleur cavalier à la recherche de Kaman.
Après une longue chevauchée, celui-ci le trouva encore en train de travailler.
Il lui apporta son petit-déjeuner et lui demanda :
— Qui es-tu réellement, Kaman ?
Le jeune homme répondit simplement :
« Toute chose a sa raison d'être. Avant de juger l'arbre, attends qu'il porte ses fruits. »
Sur le chemin du retour, il raconta son histoire : son enfance, les craintes de ses parents, les moqueries de ses camarades et l'accueil bienveillant du vieux couple.
Le village entier l'accueillit avec des chants, des bénédictions et des prières.
Lorsque vint le temps des récoltes, elles furent si abondantes que chacun se souvint avec reconnaissance du travail accompli par Kaman.
Ses camarades éprouvèrent du regret de l'avoir méprisé.
Avant son départ, une grande fête fut organisée en son honneur. Les anciens le bénirent et déclarèrent qu'il était devenu un modèle de courage et de persévérance.
De retour dans son village natal, Kaman fut accueilli comme un fils dont la valeur avait enfin été reconnue.
Les anciens racontent encore aujourd'hui son histoire sous l'arbre à palabres.
Ils disent aux enfants :
« 𝑵𝒆 𝒕𝒆 𝒎𝒐𝒒𝒖𝒆 𝒋𝒂𝒎𝒂𝒊𝒔 𝒅𝒆 𝒄𝒆𝒍𝒖𝒊 𝒒𝒖𝒊 𝒂𝒗𝒂𝒏𝒄𝒆 𝒍𝒆𝒏𝒕𝒆𝒎𝒆𝒏𝒕, 𝒄𝒂𝒓 𝒏𝒖𝒍 𝒏𝒆 𝒔𝒂𝒊𝒕 𝒍𝒆 𝒕𝒓𝒆́𝒔𝒐𝒓 𝒒𝒖𝒆 𝑫𝒊𝒆𝒖 𝒂 𝒅𝒆́𝒑𝒐𝒔𝒆́ 𝒅𝒂𝒏𝒔 𝒔𝒐𝒏 𝒄œ𝒖𝒓. »
L'histoire de Kaman nous enseigne qu'aucun enfant ne grandit au même rythme. Certains révèlent très tôt leurs talents ; d'autres ont besoin de temps, de confiance et d'encouragements pour découvrir la force qui sommeille en eux.
Aux jeunes d'aujourd'hui, Kaman rappelle que les jugements des autres ne définissent jamais votre avenir. Travaillez avec persévérance, gardez confiance en vos capacités et ne cessez jamais de croire en ce que vous pouvez devenir.
Aux parents, grands-parents et éducateurs, son histoire rappelle qu'un enfant n'est pas seulement un être à nourrir et à protéger. Il est une graine précieuse qu'il faut cultiver avec patience, amour et sagesse. Les valeurs que nous transmettons aujourd'hui deviendront la richesse de nos familles et de nos villages demain.
Car transmettre à nos enfants l'amour du travail bien fait, le respect des autres, la persévérance et la confiance en eux-mêmes est le plus bel héritage que nous puissions leur laisser.
Et comme le disait toujours Kaman :
« 𝑪𝒆𝒍𝒖𝒊 𝒒𝒖𝒊 𝒔𝒂𝒊𝒕 𝒂𝒕𝒕𝒆𝒏𝒅𝒓𝒆 𝒇𝒊𝒏𝒊𝒕 𝒑𝒂𝒓 𝒄𝒐𝒎𝒑𝒓𝒆𝒏𝒅𝒓𝒆. »
Ainsi parlent les anciens.
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Yéro et la vache retrouvée

Written by admin on 16 Juillet 2026. Posted in Contes.

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Un enfant se guide avec la sagesse du cœur, jamais avec la dureté de la punition.

« Le conte est une calebasse pleine de sagesse. Celui qui l'écoute avec son cœur n'en perd pas une seule goutte. »

Il était une fois. Oui, il était une fois, dans un village où le soleil réchauffait les cases et où les troupeaux faisaient la richesse des familles, un homme, son épouse et leur jeune fils nommé Yéro.

Le garçon avait reçu une grande responsabilité pour son âge : garder le troupeau de son père. Parmi toutes les bêtes, il y avait une magnifique vache noire nommée Nag. Elle était douce et robuste, et l'enfant l'aimait beaucoup.

Un jour pourtant, Nag s'éloigna du troupeau et ne rentra pas au village.

Le garçon courut prévenir son père :

— Père, Nag n'est pas revenue.

Son père fronça les sourcils et répondit sévèrement :

 — Elle ne revient pas, et tu viens me l'annoncer au lieu d'aller la chercher ? Si Nag s'est perdue, tu ne reviendras pas non plus tant que tu ne l'auras pas retrouvée !

Le petit Yéro, les yeux baissés, répondit :

— Je l'ai cherchée partout, Père, mais je ne l'ai pas trouvée.

Il alla alors voir sa mère.

 — Mère, Nag n'est pas revenue. — L'as-tu dit à ton père ? demande-t-elle. — Oui. Il m'a dit que si je ne retrouve pas Nag, je ne pourrai pas rentrer à la maison.

La mère soupira.

 — Ton père est le maître de cette maison. Je n'ai rien à ajouter à ses paroles.

Le cœur lourd, l'enfant prit le chemin de la brousse. Arrivé à l'orée de la forêt, il inventa une chanson qu'il fredonna tout au long de sa quête :

« Nag, ma vache, réponds-moi, Ma belle, réponds-moi. Père dit que ta perte est ma perte. Mère dit que ta perte est ma perte. Ô ma Nag, réponds-moi ! »

Porté par le vent, un meuglement lui répondit au loin.

Il marcha. Il marcha encore.

Il marcha sous le soleil brûlant.

Il marcha sous la lune silencieuse.

Il marcha jusqu'à ce que les saisons changent leurs habits.

Le garçon marcha jusqu'à un premier village et demanda :

— Avez-vous vu une vache noire avec une belle raie sur le flanc ?

Les villageois lui répondirent :

 — Oui, elle est passée hier, lorsque le soleil régnait au milieu du jour.

Yéro reprit sa route. Dans un autre village, on lui dit :

— Elle est passée au cœur de l'après-midi, lorsque le soleil commençait doucement sa descente vers l'ouest.

Ainsi, il marcha encore et encore. Dans chaque village, on lui racontait la même histoire :

— Ta vache ne s'est pas arrêtée ici. Mais nous avons remarqué qu'elle portait la vie en elle.

Plus loin, on lui annonça :

— Elle a donné naissance à un beau veau.

Le garçon continua son chemin. Dans un autre village, on lui dit :

 — Son veau est devenu grand et a lui-même accueilli deux petits.

Les saisons passèrent. Puis un jour, des villageois lui racontèrent :

— Ce n'est plus une seule vache que nous avons vue, mais tout un troupeau !

Le petit Yéro grandit sur les chemins. Il devint un adolescent, puis un jeune homme.

Un soir, dans un lointain pays, un vieil homme lui dit :

 — Oui, j'ai vu passer un immense troupeau hier, lorsque le soleil allait dormir derrière les collines. Il y avait des mères, des pères et des veaux qui couraient dans la poussière dorée du crépuscule.

Le jeune homme demanda l'hospitalité pour la nuit. Le lendemain, lorsque les ombres se cachèrent sous les pieds des hommes tant le soleil était haut dans le ciel, il se rendit près du grand puits où les troupeaux venaient se désaltérer.

Et soudain, il les vit.

En tête du troupeau marchait Nag. Sa Nag. Plus belle encore que dans ses souvenirs.

Les yeux remplis d'émotion, il l'appela trois fois : — Nag ! Nag ! Nag !

La vache s'arrêta. Elle poussa un long meuglement joyeux, puis s'approcha de lui pour lui lécher les mains et le visage, comme pour lui dire : « Je ne t'ai jamais oublié. »

Les habitants du village, émerveillés, lui demandèrent :

— Qui es-tu donc pour que cette vache te reconnaisse ainsi ?

Le jeune homme répondit :

— Elle appartenait au troupeau de mon père. Je la cherche depuis que je suis un tout petit enfant, je m'appelle Yéro.

Les anciens hochèrent la tête.

— Une bête n'oublie jamais celui qui l'a aimée, dirent ils. Ce troupeau t'appartient autant qu'à ton histoire.

Le jeune homme reprit alors le chemin du retour avec Nag et son immense descendance. Après un long voyage, il arriva enfin au village.

Il attacha les bêtes dans l'enclos et alla trouver son père.

— Père, Nag est revenue.

Son père n'en croyait pas ses oreilles.

— Où est-elle ?

 — Elle est là, avec tout le troupeau qu'elle a fait naître au cours des saisons.

Le jeune homme alla ensuite embrasser sa mère. Puis il leur raconta les longues années passées sur les routes, la faim, la fatigue, les nuits sous les étoiles et les villages traversés.

Pendant toutes ces années, il n'avait même pas eu le temps de couper ses cheveux. Des oiseaux avaient trouvé refuge dans son épaisse chevelure.

Son père, émerveillé par l'immense troupeau, posa affectueusement sa main sur la tête de son fils. Un petit oiseau effrayé s'envola aussitôt vers le ciel.

Yéro dit alors :

 — Père, cet oiseau a vécu avec moi pendant toutes ces années. Tu l'as laissé s'envoler sans savoir d'où il venait ni combien il m'était précieux. Je voudrais que tu me le rapportes.

Son père répondit avec étonnement :

 — Mais mon fils, comment pourrais-je attraper un oiseau qui a choisi le ciel ?

Le jeune homme le regarda longuement et dit avec douceur :

— Voilà ce que je ressentais lorsque tu m'as demandé de retrouver une vache perdue au bout du monde. Certaines choses sont trop lourdes pour les épaules d'un enfant.

Ces paroles traversèrent le cœur de son père comme la pluie traverse la terre sèche.

Sa mère baissa les yeux et murmura :

— J'aurais dû te consoler lorsque tu étais petit. Une mère ne doit jamais laisser un enfant porter seul son chagrin.

Le père demanda alors pardon à son fils. Les anciens du village furent réunis sous le grand arbre à palabres afin d'écouter son récit.

Après l'avoir entendu, le plus ancien des sages déclara :

 « Celui qui veut faire grandir un arbre ne tire jamais sur ses branches. Il l'arrose avec patience et le protège du vent. »

Puis il ajouta : « Un enfant ne devient pas courageux parce qu'il souffre. Il devient courageux parce qu'il sait qu'il est aimé. »

Les anciens décidèrent que, pendant plusieurs lunes, le père et la mère prendraient soin des enfants du village lors des fêtes et des veillées afin de se souvenir qu'éduquer un enfant est un honneur qui demande douceur, écoute et justice.

Le jeune homme leur pardonna. Il partagea avec eux la joie du troupeau retrouvé et demeura au village pour raconter son histoire aux plus jeunes.

Ainsi, chacun apprit qu'éduquer un enfant est un chemin que l'on parcourt ensemble. Car l'enfant d'une seule famille appartient aussi au village tout entier.

Le conte est terminé. Si vous l'avez aimé, gardez-le dans votre cœur comme l'eau fraîche au fond de la calebasse.

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𝐀𝐦𝐢𝐧𝐚𝐭𝐚, 𝐥𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐞 𝐚𝐮𝐱 𝐦𝐢𝐥𝐥𝐞 𝐟𝐢𝐧𝐬

Written by admin on 14 Juillet 2026. Posted in Contes.

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𝑳'𝑯𝒊𝒔𝒕𝒐𝒊𝒓𝒆 𝒒𝒖𝒊 𝒂𝒕𝒕𝒆𝒏𝒅 𝒗𝒐𝒕𝒓𝒆 𝒑𝒂𝒓𝒐𝒍𝒆
Écoutez, écoutez, gens du village !

Approchez-vous du feu qui danse sous les étoiles. Que les enfants se taisent un instant, que les anciens ouvrent leurs oreilles et que les voyageurs déposent leur bâton de marche.

Car un conte n'est pas seulement fait pour être entendu : il est fait pour être partagé.

Je vais vous raconter l'histoire d'Aminata, la jeune fille que la mort emporta avant que l'amour, l'amitié et la magie ne la ramènent parmi les vivants.

Il y a bien longtemps, dans un village entouré de collines et de grands baobabs, vivaient trois jeunes hommes. Ils étaient amis depuis leur plus tendre enfance. On disait d'eux qu'ils étaient comme les trois pierres qui soutiennent la marmite : si l'une venait à manquer, le repas ne pouvait être préparé.

Ils partageaient leurs joies et leurs peines, leurs récoltes et leurs rêves. Leur amitié était si solide que nul ne pouvait imaginer qu'un jour elle serait mise à l'épreuve.

Mais le cœur de l'homme est un tam-tam dont nul ne connaît toujours le rythme.

Un jour, leurs regards se posèrent sur la même jeune fille.

Elle se nommait Aminata.

Sa beauté était semblable à la lune qui éclaire les chemins des voyageurs. Son sourire était doux comme le miel sauvage et sa voix légère comme le chant des oiseaux au lever du soleil.

Chacun des trois jeunes hommes l'aima en silence. Aucun n'osa révéler son secret à ses compagnons, de peur de blesser leur amitié. Ainsi, chacun porta son amour dans son cœur comme on garde un précieux cauri dans le creux de sa main.

Les saisons passèrent jusqu'au jour où la vérité éclata.

Les trois amis découvrirent qu'ils aimaient la même jeune fille.

Ils comprirent alors que l'amour pouvait devenir un feu capable de consumer les plus belles maisons.

Le plus sage des trois prit la parole :

— Mes frères, un seul fruit ne peut nourrir trois voyageurs. Si nous restons ici, nous risquons de perdre notre temps, nos richesses et peut-être même notre amitié. Partons chercher notre destinée au-delà des collines.

Les autres approuvèrent ses paroles.

Ils quittèrent leur village et parcoururent des contrées lointaines. Ils travaillèrent avec courage et honnêteté. Dieu bénit leurs mains et leurs efforts, si bien qu'ils devinrent riches et respectés partout où ils passaient.

Lorsque vint le temps de rentrer chez eux, chacun voulut rapporter un objet extraordinaire, digne des récits que l'on raconte aux veillées.

Le premier découvrit un bâton ancien, sculpté dans un bois mystérieux. Le marchand lui dit :

— Ce bâton connaît les chemins que même la mort ignore. Celui qui en touche un défunt lui rendra le souffle de vie.

Le deuxième acheta un magnifique tapis tissé de fils plus brillants que les étoiles.

— Assieds-toi sur lui, lui expliqua le marchand, et il te conduira partout où ton cœur désire aller. Il vole plus vite que l'hirondelle et plus loin que le vent du désert.

Le troisième acquit un miroir aux reflets profonds comme les eaux d'un fleuve sacré.

— Ce miroir te montrera ce qui se passe aux quatre coins du monde. Rien ne peut lui être caché.

Les trois amis reprirent alors le chemin de leur village, impatients de découvrir les pouvoirs de leurs merveilleux trésors.

À peine furent-ils arrivés que le propriétaire du miroir voulut le mettre à l'épreuve.

Il regarda dans sa surface brillante et son visage se couvrit aussitôt de tristesse.

— Mes frères ! Que le Créateur nous vienne en aide ! Je vois Aminata... elle est morte !

Les deux autres s'approchèrent avec effroi.

— Que dis-tu ?

— Les habitants du village la portent en ce moment même vers le cimetière. Ils s'apprêtent à lui offrir sa dernière demeure.

Le silence tomba sur les trois amis comme une nuit sans lune.

Puis celui qui possédait le tapis s'écria :

— Nous ne pouvons la laisser partir ! Mon tapis nous conduira jusqu'à elle avant qu'il ne soit trop tard.

Et celui qui possédait le bâton ajouta :

— Si Dieu nous accorde sa bénédiction, je la rappellerai du royaume des ombres.

Sans perdre une seule seconde, ils montèrent sur le tapis magique.

Le tapis s'éleva dans les airs et fendit le ciel comme un aigle royal. Il traversa les montagnes, les rivières et les plaines en un clin d'œil.

Lorsqu'ils arrivèrent au cimetière, les pleureuses chantaient déjà leurs lamentations. Les hommes du village s'apprêtaient à refermer la tombe sur la jeune Aminata.

— Arrêtez ! crièrent les trois voyageurs.

Les villageois les regardèrent avec étonnement.

Celui qui portait le bâton sacré s'approcha alors du corps inanimé. Il leva les yeux vers le ciel, demanda la bénédiction du Très-Haut et toucha doucement Aminata avec son bâton.

Ô miracle !

Ses doigts frémirent.

Ses paupières s'ouvrirent.

Son souffle revint dans sa poitrine.

Et la jeune fille se redressa, vivante et souriante, telle une fleur qui renaît après la longue saison sèche.

Les chants funèbres devinrent des chants de joie. Les villageois rendirent grâce au Créateur et célébrèrent ce prodige jusqu'au lever du soleil.

Mais bientôt, une question surgit dans tous les esprits, une question aussi difficile à résoudre qu'un nœud dans la corde du pêcheur :

Qui mérite la main d'Aminata ?

Celui qui, grâce au miroir magique, a découvert qu'elle était morte ?

Celui qui, grâce au tapis volant, a permis à ses amis d'arriver avant qu'il ne soit trop tard ?

Ou celui qui, grâce au bâton sacré, lui a rendu la vie ?

Les anciens du village se réunirent sous l'ombre du grand baobab. Ils discutèrent longtemps, jusqu'à ce que la lune soit haute dans le ciel.

Mais, mes frères et mes sœurs, l'histoire ne s'arrête pas là.

Le conteur peut conduire ses pas jusqu'au seuil de la sagesse, mais il ne franchit jamais la porte à la place de ceux qui l'écoutent.

Les anciens disent :

« Une seule main ne peut attacher un fagot de bois. »

Sans le miroir, nul n'aurait su qu'Aminata avait quitté le monde des vivants.

Sans le tapis magique, ils seraient arrivés trop tard et la terre aurait déjà refermé ses bras sur elle.

Sans le bâton sacré, Aminata ne serait jamais revenue parmi les siens.

Alors, dites-moi...

Qui mérite la main d'Aminata ?

Celui qui a vu ce que les autres ne pouvaient voir ?

Celui qui a franchi les montagnes plus vite que le vent ?

Ou celui qui a vaincu la mort et rappelé la jeune fille à la vie ?

Et si aucun des trois ne la méritait davantage qu'un autre ?

Car n'oublions jamais qu'Aminata n'est ni un trésor gagné au marché, ni une récompense que l'on remet au plus valeureux. Elle possède un cœur, une parole et une volonté.

Peut-être que la véritable question est celle-ci :

Après être revenue du royaume des ancêtres, lequel de ces trois hommes Aminata choisirait elle elle-même ?

𝗝𝗲 𝘃𝗼𝘂𝘀 𝗹𝗮𝗶𝘀𝘀𝗲 𝗱𝗲́𝘀𝗼𝗿𝗺𝗮𝗶𝘀 𝗹𝗮 𝗽𝗮𝗿𝗼𝗹𝗲.

Car le conte appartient au conteur lorsqu'il est raconté, mais il appartient au public lorsqu'il est terminé.

Alors, sous l'ombre du grand baobab, que chacun donne son avis. Si vous aviez été l'un des sages du village, quelle décision auriez-vous prise ?

Mon histoire est terminée.

La vôtre commence maintenant.

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