𝑫𝒆𝒔 𝒄𝒂𝒍𝒆𝒔 𝒏𝒆́𝒈𝒓𝒊𝒆̀𝒓𝒆𝒔 𝒂𝒖𝒙 𝒄𝒉𝒂𝒊̂𝒏𝒆𝒔 𝒄𝒐𝒍𝒐𝒏𝒊𝒂𝒍𝒆𝒔
Il faut d’abord écouter le silence de nos ancêtres, regarder en face ce que l'écrivain Mongo Beti a appelé "𝒍’𝒉𝒂𝒃𝒊𝒕𝒖𝒅𝒆 𝒅𝒖 𝒎𝒂𝒍𝒉𝒆𝒖𝒓". Car tout commence au XVIIe siècle, lorsque l’Afrique est déchirée par la pratique du "commerce triangulaire". Sa mémoire hante encore l'esprit de nos poètes. Des millions des nôtres sont alors pourchassés, capturés et jetés dans l’obscurité sans fin des cales. Leur destination ? L'enfer de l'esclavage.
Et même lorsque sonne l’abolition de 1848, la blessure ne guérit pas. En 1885, à la lointaine Conférence de Berlin, l'Europe se partage froidement notre continent, ouvrant l'ère douloureuse de la colonisation, de la perte de notre Histoire et du travail forcé.
C'est de cette immense nuit qu’est né le besoin vital de briser le silence, de crier notre douleur pour pouvoir renaître.
Pour que l'on puisse ressentir la vérité de ce voyage maudit, voici ce témoignage terrible et magnifique. C'est extrait de l'œuvre du grand poète 𝑹𝒐𝒃𝒆𝒓𝒕 𝑯𝒂𝒚𝒅𝒆𝒏, venu des États-Unis, traduite pour nous par Sim Copans.
𝐋𝐚 𝐓𝐫𝐚𝐯𝐞𝐫𝐬𝐞́𝐞
Le témoin déclare en outre que le Belle J.
quitta la côte de Guinée
avec une cargaison de cinq cents et quelques noirs
pour les négreries de Floride :
Qu'il y avait à peine la place dans l'entrepont pour la
moitié du bétail en nage serré comme des harengs ;
que certains devinrent fous de soif et arrachèrent leur
chair et sucèrent le sang :
Que l'équipage et le Capitaine satisfirent leur
convoitise avec les plus jolies des filles sauvages gardées
nues dans les cabines ; qu'il y en avait une qu'ils
nommèrent la Rose de Guinée et qu'ils tirèrent au sort
et se battirent pour coucher avec elle ;
Que quand le maître d'équipage siffla tout le monde,
les flammes se répandant de tribord échappèrent déjà à
tout contrôle, les nègres criaient et leurs chaînes
étaient empêtrées dans les flammes ;
Que les noirs brûlants ne pouvaient être atteints,
que l'équipage abandonna le navire,
laissant leurs négresses hurlantes ;
que le Capitaine périt saoul avec les jeunes femmes ;
Le témoin n'ajoute pas autre chose....
 
C'est de là, du fond de ce gouffre que l'étincelle de la poésie va jaillir pour reconquérir notre liberté...