Un enfant se guide avec la sagesse du cœur, jamais avec la dureté de la punition.
« Le conte est une calebasse pleine de sagesse. Celui qui l'écoute avec son cœur n'en perd pas une seule goutte. »
Il était une fois. Oui, il était une fois, dans un village où le soleil réchauffait les cases et où les troupeaux faisaient la richesse des familles, un homme, son épouse et leur jeune fils nommé Yéro.
Le garçon avait reçu une grande responsabilité pour son âge : garder le troupeau de son père. Parmi toutes les bêtes, il y avait une magnifique vache noire nommée Nag. Elle était douce et robuste, et l'enfant l'aimait beaucoup.
Un jour pourtant, Nag s'éloigna du troupeau et ne rentra pas au village.
Le garçon courut prévenir son père :
— Père, Nag n'est pas revenue.
Son père fronça les sourcils et répondit sévèrement :
— Elle ne revient pas, et tu viens me l'annoncer au lieu d'aller la chercher ? Si Nag s'est perdue, tu ne reviendras pas non plus tant que tu ne l'auras pas retrouvée !
Le petit Yéro, les yeux baissés, répondit :
— Je l'ai cherchée partout, Père, mais je ne l'ai pas trouvée.
Il alla alors voir sa mère.
— Mère, Nag n'est pas revenue. — L'as-tu dit à ton père ? demande-t-elle. — Oui. Il m'a dit que si je ne retrouve pas Nag, je ne pourrai pas rentrer à la maison.
La mère soupira.
— Ton père est le maître de cette maison. Je n'ai rien à ajouter à ses paroles.
Le cœur lourd, l'enfant prit le chemin de la brousse. Arrivé à l'orée de la forêt, il inventa une chanson qu'il fredonna tout au long de sa quête :
« Nag, ma vache, réponds-moi, Ma belle, réponds-moi. Père dit que ta perte est ma perte. Mère dit que ta perte est ma perte. Ô ma Nag, réponds-moi ! »
Porté par le vent, un meuglement lui répondit au loin.
Il marcha. Il marcha encore.
Il marcha sous le soleil brûlant.
Il marcha sous la lune silencieuse.
Il marcha jusqu'à ce que les saisons changent leurs habits.
Le garçon marcha jusqu'à un premier village et demanda :
— Avez-vous vu une vache noire avec une belle raie sur le flanc ?
Les villageois lui répondirent :
— Oui, elle est passée hier, lorsque le soleil régnait au milieu du jour.
Yéro reprit sa route. Dans un autre village, on lui dit :
— Elle est passée au cœur de l'après-midi, lorsque le soleil commençait doucement sa descente vers l'ouest.
Ainsi, il marcha encore et encore. Dans chaque village, on lui racontait la même histoire :
— Ta vache ne s'est pas arrêtée ici. Mais nous avons remarqué qu'elle portait la vie en elle.
Plus loin, on lui annonça :
— Elle a donné naissance à un beau veau.
Le garçon continua son chemin. Dans un autre village, on lui dit :
— Son veau est devenu grand et a lui-même accueilli deux petits.
Les saisons passèrent. Puis un jour, des villageois lui racontèrent :
— Ce n'est plus une seule vache que nous avons vue, mais tout un troupeau !
Le petit Yéro grandit sur les chemins. Il devint un adolescent, puis un jeune homme.
Un soir, dans un lointain pays, un vieil homme lui dit :
— Oui, j'ai vu passer un immense troupeau hier, lorsque le soleil allait dormir derrière les collines. Il y avait des mères, des pères et des veaux qui couraient dans la poussière dorée du crépuscule.
Le jeune homme demanda l'hospitalité pour la nuit. Le lendemain, lorsque les ombres se cachèrent sous les pieds des hommes tant le soleil était haut dans le ciel, il se rendit près du grand puits où les troupeaux venaient se désaltérer.
Et soudain, il les vit.
En tête du troupeau marchait Nag. Sa Nag. Plus belle encore que dans ses souvenirs.
Les yeux remplis d'émotion, il l'appela trois fois : — Nag ! Nag ! Nag !
La vache s'arrêta. Elle poussa un long meuglement joyeux, puis s'approcha de lui pour lui lécher les mains et le visage, comme pour lui dire : « Je ne t'ai jamais oublié. »
Les habitants du village, émerveillés, lui demandèrent :
— Qui es-tu donc pour que cette vache te reconnaisse ainsi ?
Le jeune homme répondit :
— Elle appartenait au troupeau de mon père. Je la cherche depuis que je suis un tout petit enfant, je m'appelle Yéro.
Les anciens hochèrent la tête.
— Une bête n'oublie jamais celui qui l'a aimée, dirent ils. Ce troupeau t'appartient autant qu'à ton histoire.
Le jeune homme reprit alors le chemin du retour avec Nag et son immense descendance. Après un long voyage, il arriva enfin au village.
Il attacha les bêtes dans l'enclos et alla trouver son père.
— Père, Nag est revenue.
Son père n'en croyait pas ses oreilles.
— Où est-elle ?
— Elle est là, avec tout le troupeau qu'elle a fait naître au cours des saisons.
Le jeune homme alla ensuite embrasser sa mère. Puis il leur raconta les longues années passées sur les routes, la faim, la fatigue, les nuits sous les étoiles et les villages traversés.
Pendant toutes ces années, il n'avait même pas eu le temps de couper ses cheveux. Des oiseaux avaient trouvé refuge dans son épaisse chevelure.
Son père, émerveillé par l'immense troupeau, posa affectueusement sa main sur la tête de son fils. Un petit oiseau effrayé s'envola aussitôt vers le ciel.
Yéro dit alors :
— Père, cet oiseau a vécu avec moi pendant toutes ces années. Tu l'as laissé s'envoler sans savoir d'où il venait ni combien il m'était précieux. Je voudrais que tu me le rapportes.
Son père répondit avec étonnement :
— Mais mon fils, comment pourrais-je attraper un oiseau qui a choisi le ciel ?
Le jeune homme le regarda longuement et dit avec douceur :
— Voilà ce que je ressentais lorsque tu m'as demandé de retrouver une vache perdue au bout du monde. Certaines choses sont trop lourdes pour les épaules d'un enfant.
Ces paroles traversèrent le cœur de son père comme la pluie traverse la terre sèche.
Sa mère baissa les yeux et murmura :
— J'aurais dû te consoler lorsque tu étais petit. Une mère ne doit jamais laisser un enfant porter seul son chagrin.
Le père demanda alors pardon à son fils. Les anciens du village furent réunis sous le grand arbre à palabres afin d'écouter son récit.
Après l'avoir entendu, le plus ancien des sages déclara :
« Celui qui veut faire grandir un arbre ne tire jamais sur ses branches. Il l'arrose avec patience et le protège du vent. »
Puis il ajouta : « Un enfant ne devient pas courageux parce qu'il souffre. Il devient courageux parce qu'il sait qu'il est aimé. »
Les anciens décidèrent que, pendant plusieurs lunes, le père et la mère prendraient soin des enfants du village lors des fêtes et des veillées afin de se souvenir qu'éduquer un enfant est un honneur qui demande douceur, écoute et justice.
Le jeune homme leur pardonna. Il partagea avec eux la joie du troupeau retrouvé et demeura au village pour raconter son histoire aux plus jeunes.
Ainsi, chacun apprit qu'éduquer un enfant est un chemin que l'on parcourt ensemble. Car l'enfant d'une seule famille appartient aussi au village tout entier.
Le conte est terminé. Si vous l'avez aimé, gardez-le dans votre cœur comme l'eau fraîche au fond de la calebasse.