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𝐌𝐚𝐫𝐢𝐚𝐦𝐚 𝐞𝐭 𝐥𝐚 𝐠𝐨𝐮𝐫𝐝𝐞 𝐪𝐮𝐢 𝐩𝐚𝐫𝐥𝐚𝐢𝐭

Written by admin on 14 Juillet 2026. Posted in Contes.

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L’épreuve de la méchanceté
On raconte que, dans un village de Casamance, vivait une jeune fille d'une beauté si éclatante qu'elle effaçait toutes les autres. Mariama était son nom, et sur ses lèvres fleurissait toujours un sourire qui faisait battre le cœur des garçons et pâlir d'envie celui des filles.
Dans ce village, on ne parlait que d'elle. Les jeunes hommes se disputaient un regard, les vieux s'extasiaient sur sa grâce, et les mères rêvaient secrètement qu'un jour leur fils l'épouserait. Quant aux autres filles, elles étaient condamnées à l'ombre de cette gloire qui ne leur laissait aucune place.
La frustration grandit en elles comme une mauvaise herbe. Un jour, elles se réunirent en secret, à l'abri des regards, et leurs voix se firent basses et amères :
— Que faire ? Nous sommes si nombreuses dans ce village, et pourtant on n'aperçoit qu'elle ! Mariama, toujours Mariama ! Il nous faut trouver un moyen de l'éloigner.
Leurs regards se croisèrent, chargés d'une détermination sombre.
— Oui, il faut qu'elle disparaisse de notre chemin.
Elles partirent en forêt, là où les arbres sont si vieux qu'ils ont vu naître les premiers hommes. C'est là qu'elles trouvèrent un serpent. Mais ce n'était pas un serpent ordinaire : c'était un génie, un être de l'invisible, qui avait pris cette forme pour éprouver les humains.
— Ô grand serpent, nous avons besoin de ton aide, lui dirent-elles. Une fille de notre village est trop aimée, trop admirée. Elle nous vole tout : l'attention, la considération, l'amour. Nous voulons nous débarrasser d'elle.
Le serpent releva sa tête, ses yeux brillant d'une lueur malicieuse.
— Cela peut s'arranger.
Les filles se réjouirent.
— Demain, venez la chercher, poursuivit le serpent. Dites-lui d'aller cueillir de l'oseille avec vous. Sur le chemin, vous me trouverez métamorphosé en une jolie petite gourde. Faites semblant d'être surprises, dites-lui de la ramasser puisque c'est elle la plus belle, la plus digne de posséder un si bel objet. Elle ne pourra pas refuser.
Les filles rentrèrent chez elles, le cœur léger, comme si leur victoire était déjà certaine.
Le lendemain, sous le soleil de l'après-midi, elles vinrent frapper à la porte de Mariama.
— Mariama ! Mariama ! Viens avec nous cueillir de l'oseille !
La mère de Mariama leva les yeux :
— Ma fille travaille en ce moment.
— Nous l'aiderons, répondirent-elles en chœur.
Et elles tinrent parole. Elles aidèrent Mariama à puiser l'eau, à balayer la cour, à ranger le bois. Quand tout fut terminé, elles prirent le chemin de la brousse, chantant pour dissimuler leur mauvaise conscience.
Arrivées à l'endroit indiqué par le serpent, elles virent la petite gourde posée là, étincelante comme un bijou. L'une d'elles s'écria :
— Oh ! Quelle belle gourde !
Les autres firent cercle autour de Mariama :
— Prends-la, Mariama ! Elle est faite pour toi. Personne d'autre ne mérite un si bel objet.
Mariama hésita, puis sourit :
— Attendez, je vais la prendre.
Elle ramassa la gourde, la retourna entre ses mains, et rentra chez elle, sans se douter du mal qu'elle portait contre son sein.
— Maman, dit-elle en entrant, j'ai trouvé une gourde. Je ne sais pas d'où elle vient ni à quoi elle ressemble.
— Dépose-la dans le débarras, répondit sa mère.
La nuit tomba, enveloppant le village de son voile sombre. On prépara le dîner. Et soudain, du fond du débarras, une voix s'éleva, étrange et mélodieuse :
— Mariama, Mariama... oh, Mariama, j'ai faim !
Mariama sursauta :
— Maman, écoute ! La gourde parle comme un être humain !
La mère tendit l'oreille. La gourde répéta :
— Mariama, Mariama... oh, Mariama, j'ai faim.
— Apporte-lui à manger, dit la mère, troublée.
Mariama apporta du riz. La gourde mangea. Et quand elle eut fini, elle réclama encore. On lui apporta du mil. Elle mangea. Puis elle dévora le contenu des greniers, l'un après l'autre. Le riz disparut, le mil s'évanouit, comme avalés par un trou sans fond.
La gourde chanta encore :
— Mariama, Mariama. Oh, Mariama ! J'ai faim.
— Maman, elle réclame encore, dit Mariama, désemparée.
On la conduisit dans le parc des moutons. La gourde les décima. On la mena à l'enclos des chèvres, elle les extermina. On l'amena près du poulailler, elle dévora les volailles jusqu'à la dernière plume.
La faim s'installa dans la maison. Les parents de Mariama, désespérés, ne savaient plus à quel génie se vouer.
La gourde se mit à chanter d'une voix nouvelle :
— Mariama, Mariama, oh ! Mariama. La gourde veut s'en aller.
Mariama rapporta ces paroles à ses parents :
— La gourde veut partir, mais elle exige de m'emmener avec elle.
Le père et la mère se regardèrent, le cœur serré. Mariama était leur seul enfant, leur second étant encore au berceau. Mais la gourde était plus forte qu'eux.
— Va avec elle, puisqu'elle le veut, dirent-ils.
Avant de quitter le village, Mariama dut annoncer son départ à tous. Elle fit le tour des maisons. Quand elle dit aux garçons qu'elle s'en allait, certains pleurèrent si fort qu'ils en titubaient. Quant aux filles, elles riaient aux éclats, se roulaient par terre, tant leur joie était grande.
Mariama partit. Les garçons l'accompagnèrent jusqu'à la lisière du village, pleurant leur amour perdu. Les filles riaient toujours, croyant leur vengeance accomplie.
Sur le chemin, la gourde, posée contre la hanche de Mariama, lui demandait de temps en temps :
— Connais-tu cet endroit ?
— Oui, répondait Mariama. C'est là que nous cueillons l'oseille.
— Et ici ?
— C'est la plaine où nous faisons nos besoins.
— Et là-bas ?
— C'est notre brousse !
Elles avancèrent ainsi jusqu'à un lieu inconnu de Mariama.
— Connais-tu cet endroit ? demanda la gourde.
— Non, je ne le connais pas, répondit-elle.
La gourde se métamorphosa soudain. Le serpent apparut, imposant, majestueux. Il parla d'une voix grave :
— Tu vois, Mariama, je ne suis ni une personne ni une gourde. Je suis un génie de la forêt. Tes amies m'ont envoyé pour te perdre. Mais je ne le ferai pas. Depuis que tu m'as accueilli chez toi, tu m'as traité avec douceur. J'ai vidé les greniers de ta mère, dévoré les troupeaux de ton père, mais je ne te ferai aucun mal. En revanche, je te retiendrai ici.
Le temps passa. Les parents de Mariama, croyant leur fille perdue à jamais, commencèrent à l'oublier. Le petit frère grandit. Et Mariama vivait dans le creux du fromager, prisonnière du génie.
Mais un jour, le serpent la convoqua :
— Mariama, je veux te récompenser de ta bonté.
— Est-ce vrai ? demanda-t-elle.
— Oui, répondit le serpent.
Il lui offrit un troupeau de bœufs, un troupeau de chevaux, un troupeau de chaque animal domestique. Il lui donna des sacs d'or et d'argent, des esclaves pour la servir. Il l'installa sur un cheval blanc comme la lune et lui dit de rentrer chez elle.
Mariama s'ébranla, suivie de son riche cortège. Et tandis qu'elle avançait, le génie, resté dans la forêt, faisait entendre sa voix :
— Mariama, Mariama. Oh, Mariama ! J'ai faim.
Et Mariama répondait en écho :
— Maman, papa, écoutez ! La gourde parle notre langue.
Un jour, le cortège approcha du village. Le petit frère de Mariama, devenu grand, tendit l'oreille et dit :
— Mère, j'entends une clameur. On dirait le nom de Mariama !
La mère, croyant son enfant ensorcelé, lui donna une gifle :
— Tais-toi ! Ma fille est perdue depuis longtemps. Es-tu devenu fou ?
L'enfant se tut, mais le cortège continuait d'avancer, et la voix du génie résonnait toujours.
Quand Mariama entra dans le village, la poussière se leva derrière elle, si dense qu'elle voilait le soleil. Les filles qui avaient ourdi le complot furent transformées en rôniers, leurs corps devenus des troncs épineux, châtiment de leur jalousie.
Mariama traversa le village en majesté. Elle envoya des messagers aux garçons : elle était vivante, elle était revenue, et tout ce qu'elle possédait n'était que la rançon du complot tramé contre elle.
Les garçons accoururent, ivres de joie. Certains se roulaient par terre tant leur bonheur était grand.
Mariama arriva devant la case de ses parents. Elle leur offrit tout ce qu'elle avait rapporté : les troupeaux, les sacs d'or et d'argent, les esclaves. Sa mère pleura, son père trembla d'émotion, et le petit frère comprit que la voix qu'il avait entendue n'était pas un mensonge.
Ainsi se termina l'histoire de Mariama et de la gourde qui parlait. Elle avait survécu, non par la ruse ou la force, mais parce qu'elle avait su garder son cœur pur.
Et le village apprit ce jour-là que la bonté, même face à la haine, finit toujours par triompher.
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𝐋'𝐨𝐢𝐬𝐞𝐚𝐮, 𝐥𝐞 𝐬𝐞𝐫𝐩𝐞𝐧𝐭 𝐞𝐭 𝐥𝐞 𝐠𝐫𝐚𝐧𝐝 𝐝𝐞́𝐥𝐮𝐠𝐞

Written by admin on 13 Juillet 2026. Posted in Contes.

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𝑳𝒆 𝒎𝒂𝒍𝒉𝒆𝒖𝒓 𝒅𝒆 𝒍’𝒖𝒏 𝒆𝒔𝒕 𝒍𝒆 𝒎𝒂𝒍𝒉𝒆𝒖𝒓 𝒅𝒆 𝒕𝒐𝒖𝒔
𝐽'𝑎𝑖 𝑢𝑛𝑒 ℎ𝑖𝑠𝑡𝑜𝑖𝑟𝑒 !
𝑂𝑛 𝑡'𝑒́𝑐𝑜𝑢𝑡𝑒 𝑇𝑜𝑛𝑡𝑜𝑛 𝐵𝑎𝑑𝑜𝑢 !
𝐶̧𝑎 𝑠'𝑒𝑠𝑡 𝑝𝑎𝑠𝑠𝑒́ 𝑢𝑛 𝑗𝑜𝑢𝑟...
... 𝑒𝑡 𝑐̧𝑎 𝑠𝑒 𝑝𝑎𝑠𝑠𝑒 𝑒𝑛𝑐𝑜𝑟𝑒 !


On raconte qu'une vieille femme partageait sa case avec un serpent et un oiseau. Chaque fois que l'oiseau pondait, le serpent avalait l'œuf.

N'en pouvant plus, l'oiseau alla voir une personne et lui dit :
— Un malheur ne vient jamais seul et seule la paix préserve le bon voisinage. Je voudrais que tu ailles dire au serpent d'arrêter d'avaler mes œufs.

L'homme lui répondit :
— Qu'est-ce qu'une personne vient faire dans une querelle de serpent et d'oiseau ? Cela ne me concerne pas. Va voir un autre.

L'oiseau s'en alla voir la souris ; celle-ci dressa ses moustaches et se mit debout. Alors l'oiseau lui parla :
— Je voudrais que tu ailles voir la personne pour qu'elle dise au serpent de cesser d'avaler mes œufs ; chaque fois que je ponds un œuf, il l'avale.

La souris répondit :
— Tu sais bien que c'est toujours cachée que je vis dans la case de la personne ; si elle me voit, aussitôt je meurs. Comment donc irais-je voir la personne pour qu'elle avertisse le serpent ? Va voir un autre, cela ne me concerne pas.

L'oiseau répliqua :
— Ah ! bon ! d'accord ! Un malheur ne vient jamais seul !

L'oiseau consulta ensuite le lézard et lui dit :
— Nous partageons tous la case, c'est pourquoi je voudrais que tu ailles voir la personne afin qu'elle ordonne au serpent de ne plus avaler mes œufs ; chaque fois que je ponds un œuf, il l'avale, chaque fois que je ponds un œuf, il l'avale.

Et le lézard répondit :
— Tu sais que si la personne me voit, c'est ma mort. Elle n'aime pas me voir courir sur ses murs et si par mégarde son regard se pose sur moi, elle me chasse aussitôt. Comment irai-je donc voir la personne pour lui dire d'avertir le serpent ? Va voir un autre.

L'oiseau dit :
— Ah ! bon ! Puisqu'il en est ainsi, je vais voir un autre.

L'autre dit :
— Oui.

L'oiseau consulta ensuite l'araignée et lui narra toutes les péripéties, il enchaîna :
— Tous ceux que j'ai envoyés ont refusé, c'est pourquoi je t'envoie dire à la personne d'avertir le serpent pour qu'il épargne mes œufs ; chaque fois que je ponds un œuf, il l'avale, chaque fois que je ponds un œuf, il l'avale.

L'araignée répondit :
— Moi, je sais que toute toile que je fabrique la nuit dans la case, la personne la défait quand elle se réveille. Je ne peux donc lui dire de ta part quoi que ce soit. Va voir un autre.

L'oiseau alla voir le chien et lui dit :
— Chien, nous sommes tous dans la case et un malheur ne vient jamais seul ! Je voudrais que tu dises de ma part à la personne d'avertir le serpent pour qu'il cesse d'avaler mes œufs car un malheur ne vient jamais seul.

Le chien lui répondit :
— Moi, je garde la maison de la personne toute la nuit, mais quand son repas est prêt, c'est un petit os qu'elle me sert ou tout au plus, je n'ai à ronger que les restes laissés par les enfants. Elle ne m'écoutera pas.

L'oiseau dit :
— Je vais donc voir l'âne.

Il lui parla en ces termes :
— Âne, je voudrais t'envoyer dire à la personne de dire au serpent de laisser ses œufs car tu sais bien qu'un malheur ne vient jamais seul !

L'âne lui répondit :
— Tu sais que la personne m'accable de fardeaux et non contente de cela, elle me frappe avec son bâton. Et qu'est-ce qu'un âne vient faire dans une querelle opposant un oiseau et un serpent ? Va voir un autre. Je n'irai pas lui dire quoi que ce soit parce qu'elle ne m'aime pas, elle est mon ennemie.

L'oiseau dit :
— Ah bon ?

L'autre dit :
— Oui.

Il dit :
— Ça va, je vous ai tous dit qu'un malheur ne vient jamais seul et que seule la paix préserve le bon voisinage mais puisqu'il en est ainsi, je vais voir le coq.

Il alla trouver le coq, le coq lui dit :
— Moi, la personne, c'est mon chant qui la tire de son sommeil et pourtant quand on pile le mil, quelques grains que les enfants éparpillent au bord du mortier constituent ma subsistance ; ou bien encore quand elle reçoit un étranger, elle ordonne qu'on m'attrape et qu'on m'égorge ; la personne étant mon ennemie, je ne peux aller la voir pour qu'elle arrange une histoire entre le serpent et l'oiseau. Ça ne me concerne pas, va voir un autre.

L'oiseau dit :
— C'est bon ! Un malheur ne vient jamais seul et seule la paix préserve le bon voisinage. Je vous ai tous dit d'interdire au serpent d'avaler mes œufs et comme réponse vous dites que cela ne vous concerne pas. Je vais voir le mouton.

L'oiseau dit au mouton :
— Je voudrais que tu ailles voir la personne afin qu'elle avertisse le serpent à propos de mes œufs qu'il avale ; chaque fois que je ponds un œuf, il l'avale, chaque fois que je ponds un œuf, il l'avale, et tu sais qu'un malheur ne vient jamais seul !

Le mouton lui répondit :
— La personne m'entretient jusqu'à ce que je sois gras, m'élève jusqu'à ce que je devienne grand, me rend familier à elle et pourtant quand la fête arrive, elle ordonne qu'on m'attrape et qu'on m'égorge. Ce que je peux te dire en peu de mots est qu'une querelle entre une personne, un oiseau et un serpent ne me concerne pas. Va voir un autre.

L'oiseau dit :
— Ah bon ?

L'autre dit :
— Oui.

Il dit :
— D'accord !

L'oiseau, fatigué de n'être pas écouté, s'envola tout en haut du grand arbre qui dominait la case. Le ciel commença alors à s'assombrir. De lourds nuages noirs s'accumulèrent et un terrible orage éclata.

La pluie se mit à tomber, d'abord fine, puis de plus en plus forte, se transformant bientôt en un véritable déluge. Le vent soufflait en tempête. L'oiseau, bien à l'abri sous le feuillage épais, regardait la case. Comme personne n'avait voulu s'unir pour régler le problème du serpent et s'occuper de la vie de la maison, le toit de paille commença à céder sous le poids de l'eau.

Bientôt, l'eau monta si haut qu'elle envahit la case. Ce fut une panique générale ! La vieille femme, l'âne, le mouton, le coq et le chien durent s'enfuir en courant sous la pluie battante, trempés et grelottants. La souris, l'araignée et le lézard durent grimper en catastrophe sur les branches pour ne pas être noyés. Quant au serpent, emporté par le courant, il disparut au loin.

La case s'effondra complètement, balayée par les eaux du déluge, laissant tous ses habitants sans abri.

Quand la tempête se calma enfin, l'oiseau rassembla tout le monde sur une branche et déclara :
— Je prévoyais tout cela, c'est pourquoi je vous ai demandé de l'aide. Chaque fois, vous m'avez répondu qu'une querelle entre un serpent et un oiseau ne vous concernait pas. Maintenant, vous voyez les conséquences : le malheur de l'un est devenu le malheur de tous. Seule la bonne entente préserve le voisinage.

Alors, le conte alla rejoindre la mer et celui qui le huma, entra au paradis.

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𝐊𝐨𝐮𝐦𝐛𝐚 𝐞𝐭 𝐬𝐨𝐧 𝐜𝐡𝐞𝐯𝐚𝐥

Written by admin on 12 Juillet 2026. Posted in Contes.

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𝑪𝒆𝒍𝒖𝒊 𝒒𝒖𝒊 𝒏'𝒆́𝒄𝒐𝒖𝒕𝒆 𝒑𝒂𝒔 𝒍𝒆𝒔 𝒄𝒐𝒏𝒔𝒆𝒊𝒍𝒔 𝒅𝒆𝒔 𝒂𝒏𝒄𝒊𝒆𝒏𝒔, 𝒆́𝒄𝒐𝒖𝒕𝒆𝒓𝒂 𝒍𝒆𝒔 𝒄𝒐𝒏𝒔𝒆𝒊𝒍𝒔 𝒅𝒖 𝒅𝒊𝒂𝒃𝒍𝒆.

Il était une fois, un conte qu'on écoute et qui existe encore.

Une jeune fille très belle, qui vivait avec son père et sa mère, décida qu'elle ne se marierait jamais avec un homme ayant des cicatrices. Chaque fois qu'un prétendant venait lui faire la cour, elle le conduisait dans l'arrière-cour, le lavait proprement et examinait son corps avec la plus grande minutie. S'il portait la moindre cicatrice, il était aussitôt éconduit. Elle agit de la sorte pendant très longtemps, jusqu'à ce qu'un génie finisse par l'entendre. C'était un génie d'une grande beauté, particulièrement grand, élancé, et fort.

Séduit, le génie se dit :
— J'irai faire la cour à cette fille-là !

Il sella son pur sang, quitta son domaine caché dans la brousse parmi les baobabs et se dirigea vers le village. En chemin, chaque fois qu'il dépassait un arbre, celui-ci se transformait instantanément en homme monté sur un cheval. Le prodige se répéta si souvent qu'il se retrouva bientôt à la tête d'une impressionnante escorte.

Dès que la jeune fille, qui pilait le mil dans son coin habituel, aperçut ce cavalier magnifique, elle fut si transportée qu'elle administra un coup de pilon sur la tête de sa mère. Celle-ci, affolée par ce geste soudain, s'entendit dire :
— Mère, viens vite ! Voilà un époux. Celui qui vient là-bas, c'est le mari qu'il me faut !

Le génie arriva, dessella sa monture, salua la famille et s'assit. La fille triomphante dit à sa mère :
— Qu'est-ce que je t'avais dit ?

Elle mena l'étranger dans l'arrière-cour, le lava avec soin et examina son corps : il était parfait. Le jeune homme était grand, svelte et magnifique ; elle ne décela chez lui aucune imperfection. Elle s'empressa de répéter à sa mère :
— N'est-ce pas que je te l'avais dit ? C'est véritablement un bon mari !

Sa mère garda le silence. Pour honorer cet invité de marque, on sacrifia des bœufs et on prépara un grand festin. Le père, convaincu, lui accorda la main de sa fille.

Le génie déclara alors :
— Je veux que vous me la confiez sur-le-champ pour que je l'emmène dans ma demeure. En échange, je vous accorderai tout ce que vous me demanderez. Exprimez vos souhaits.

On lui répondit simplement :
— Son départ ne dépend que de vous.

La jeune fille lui fut donc remise et les noces furent célébrées le soir même. La mère invita sa fille à faire ses adieux. Celle-ci se tourna d'abord vers son père :
— Que me donnes-tu comme bénédiction pour la route?

Le père, qui était un roi possédant d'immenses troupeaux, lui répondit :
— Va voir mes chevaux. Frappe-leur à tous la croupe. Si l'un d'eux hennit, c'est lui que tu emmèneras.

Elle interrogea ensuite sa mère :
— Mère, quel est ton cadeau de départ pour moi ?
— Ton chien et ton chat, répondit la mère. Tu ferais mieux de ne pas les laisser ici, emmène-les avec toi.

La jeune fille alla frapper la croupe des coursiers royaux. Mais chaque fois qu'elle levait la main, l'animal restait muet. Elle les passa tous en revue, un à un, jusqu'à atteindre le tout dernier. C'était un vieux canasson d'une maigreur effrayante qui, à sa surprise, se mit à hennir. Elle courut retrouver son père :
— J'ai frappé tous les chevaux et aucun n'a réagi, sauf ce vieux cheval tout maigre et fatigué là-bas. Tu te doutes bien que je ne peux pas emmener une telle bête !

Le père insista :
— Si, emmène-le.
— Je refuse de le prendre.
— Emmène-le, je te dis!
— Non père, ce cheval là, je ne l'emmènerai pas.

Devant son obstination, les anciens du village intervinrent :
— La parole d'un vieillard mérite d'être écoutée et respectée ! Celui qui n'écoute pas les conseils des anciens, écoutera les conseils du diable.

Elle accepta donc ce cheval. Son mari la prit en croupe sur sa propre monture, et ils se mirent en route, suivis par le vieux canasson, le chien et le chat. Le génie lança son cheval au galop. Ils chevauchèrent sans s'arrêter, s'enfonçant toujours plus loin, jusqu'à ce qu'ils aperçoivent le grand baobab solitaire au milieu de la brousse. Lorsqu'elle se retourna, le village avait totalement disparu et l'escorte s'était volatilisée.

Inquiète, elle demanda :
— Mais où sont passés tous les cavaliers qui nous escortaient ?
— Tu as vu les arbres de la forêt ? répondit le génie.
— Oui, dit-elle.
— Ce sont eux qui s'étaient changés en hommes pour me suivre. Ils n'ont rien d'humain. Et moi-même, je ne suis pas un homme : je suis un génie. Tu vois ce baobab là-bas ? C'est là que j'habite.

Saisie d'effroi, la jeune fille se sentit perdue. Ils pénétrèrent à l'intérieur du gigantesque tronc du baobab, qui abritait des chambres et des lits. Le génie la fit descendre de cheval, l'invita à se coucher, puis repartit.

Chaque matin, le génie partait chasser en brousse et rapportait du gibier que la jeune fille préparait pour leurs repas. Cette routine paisible dura une semaine. Mais un jour, le génie revint de la chasse bredouille et d'humeur sombre. Soudain, le vieux cheval se mit à hennir. La jeune fille sortit de la chambre et l'interrogea :
— Oh ! Samba, né de la nuit dernière, toi qui vaux mieux qu'une mère, mieux qu'un père, mieux qu'un voisin, qu'as-tu entendu qui te fait ainsi hennir ?

Le cheval lui révéla :
— Ton mari rentre les mains vides. À son arrivée, s'il ne tue pas ton chien, il s'en prendra à ton chat.

Le mari arriva en effet et appela :
— Mouss !

Le chat s'approcha et le génie l'assomma d'un coup sec.
— Fais-le cuire et mangeons-le, ordonna-t-il à sa femme.
— Je ne mange pas de chat, répliqua-t-elle.

Le génie fit cuire l'animal lui-même et le dévora. Le lendemain, il repartit à la chasse et revint de nouveau bredouille. Le cheval se mit encore à hennir et la fille lui demanda :
— Samba né de la nuit dernière, meilleur qu'un père, meilleur qu'une mère, meilleur qu'un voisin, qu'as-tu entendu qui te fait hennir ?
— Ton mari rentre encore à vide, répondit l'animal. Cette fois, s'il ne tue pas ton chien, c'est à moi, ton cheval, qu'il ôtera la vie.
— Que faut-il faire pour empêcher cela ? s'exclama-t-elle.
— Trouve une solution, répondit le cheval.

Le mari survint alors et appela :
— Viens, viens petit chien !

Le chien accourut et fut assommé sur-le-champ. Le génie dit à sa femme :
— Viens manger.
— Je ne mange pas de chien, répondit-elle fermement.

Le surlendemain, la chasse fut tout aussi infructueuse. Le cheval hennit de plus belle et la jeune fille courut aux nouvelles :
— Samba né de la nuit dernière, meilleur qu'une mère, meilleur qu'un père, meilleur qu'un voisin, qu'as-tu entendu ?
— Ton mari revient sans rien. S'il ne te tue pas toi, c'est moi qu'il tuera.
— Ah ! Que devons-nous faire maintenant ?
— Il faut fuir immédiatement et retourner d'où nous venons. Selle-moi vite et monte sur mon dos avant son retour.
— D'accord, accepta-t-elle.

Le cheval lui donna alors ses dernières instructions :
— Crache trois fois dehors. Puis, crache trois fois à chaque endroit où tu as eu l'habitude de t'asseoir. Fais le tour complet de la demeure en crachant tout autour. Quand ce sera fait, rejoins-moi et nous partirons.

Elle s'exécuta. Le cheval ajouta :
— Quoi qu'il arrive sur le chemin du retour, même si le génie se rapproche, nous talonne et tente de nous capturer, ne m'enfonce jamais l'éperon du côté droit. Si tu m'éperonnes à droite, un grand malheur arrivera. Garde ton sang-froid et évite le côté droit.

Ils s'enfuirent au triple galop. Peu après, le mari arriva au baobab et appela :
— Koumba ! Koumba !

Les premiers crachats répondirent à sa place.
— Viens me donner de l'eau, ajouta-t-il.

Il attendit, mais ne voyant personne venir, il cria de nouveau :
— Koumba ! Koumba !

D'autres crachats répondirent depuis une autre pièce. Le génie s'irrita :
— Es-tu devenue folle ? Que fais-tu cachée dans cette maison ? Pourquoi ne viens-tu pas quand je t'appelle ?

Entendant des réponses mais ne voyant personne, il inspecta les chambres. Le baobab était vu comme vide. Il courut dans la cour : personne.
— Ah ! Elle s'est enfuie ! s'exclama-t-il.

Il sella son grand cheval et se lança à leur poursuite en suivant leurs traces. Il galopa furieusement, soulevant un immense nuage de poussière à l'horizon. La traque dura jusqu'aux lueurs du crépuscule. La jeune fille touchait enfin au but et apercevait son village natal quand le génie, gagnant du terrain, fut sur le point de la harponner.

Prise de panique, elle oublia la recommandation de sa monture et enfonça l'éperon du côté droit. Aussitôt, le vieux cheval se cabra et s'envola magiquement vers le ciel. Il traversa les nuages et finit par la déposer dans un pays lointain et mystérieux, un royaume interdit où aucune femme n'avait le droit de séjourner. Le cheval s'allongea de fatigue et attendit la nuit avant de hennir. Koumba lui demanda ce qui l'inquiétait.

L'animal lui expliqua :
— Une femme ne doit jamais être vue ici. Sois prudente : trouve un grand pantalon d'homme pour dissimuler entièrement ton corps et tes formes.

Ils vécurent ainsi cachés pendant un long moment, jusqu'au jour où un Maure — un marchand arabe du désert reconnu pour être un délateur obstiné et incapable de garder un secret — découvrit la vérité. Voyant là une occasion de se faire bien voir, il courut harceler le roi de ses révélations :
— Je le jure sur tout ce qui m'est cher ! Ce prétendu jeune homme dans ce village est en réalité une femme !
— Ah, le Maure ! dirent les courtisans en riant. Tout le monde sait que les Maures sont des bavards et des menteurs !
— Je le jure, Majesté ! s'entêta le délateur. Si tu doutes de mes paroles, lève une armée et déclare une guerre fictive. Tu verras bien qu'une femme est incapable de se battre comme un guerrier.

Le roi Bella le défi. On fit battre les tambours dans tout le royaume pour rassembler la population :
— Que quiconque héberge un étranger se présente avec lui ! Que tous les hommes valides s'arment, le roi entreprend une guerre !

Le cheval hennit pour avertir Koumba de ce qui se tramait et lui dit :
— Monte sur mon dos en dissimulant tes cheveux sous ton armure. Tiens fermement ta lance. Tu te chargeras de frapper tout ce qui vole dans les airs, et moi je piétinerai tout ce qui se trouve sur terre.

La bataille commença. Revêtue de son grand pantalon, Koumba fit preuve d'une adresse incroyable, abattant les projectiles en plein vol, tandis que son cheval balayait les ennemis au sol. Devant un tel exploit, la foule se moqua de plus belle du délateur :
— Le Maure est un menteur ! Le Maure a inventé toute cette histoire !

Mais le Maure, s'acharnant de plus belle et refusant de perdre la face, s'écria :
— Je jure devant le Roi que c'est la vérité ! Si vous refusez de me croire, organisez un njawo dans la mer, ce fameux jeu traditionnel d'enfants où l'on se jette à l'eau, torse nu, pour lutter ou jouer à cache-cache en plongeant.

Les tambours résonnèrent à nouveau pour annoncer le grand défi aquatique. Le cheval hennit une fois de plus, et Koumba vint l'interroger :
— Samba, né de la nuit des temps dernière, meilleur qu'une mère, incomparable à un père ou à des voisins, qu'as-tu entendu qui te fait hennir ?
— Ce Maure est un harceleur, il ne te lâchera pas, dit le cheval. Il sait qu'une femme ne peut participer au njawo — ce jeu de cache-cache dans l'eau — sans se dévoiler. Mais lorsque viendra le moment de plonger, j'utiliserai ma magie pour te donner temporairement les attributs d'un homme. Dès que le jeu commencera dans l'eau, ne te préoccupe pas des autres : cherche la tête du fils du roi et assène-lui un coup vigoureux.

Koumba suivit scrupuleusement le conseil. Au milieu des éclaboussures du jeu, elle plongea, repéra le prince et lui administra un coup sur le crâne, le blessant légitimement dans l'ardeur du combat. Voyant le prince à terre, la foule en colère se retourna contre le délateur :
— C'est le Maure qui a attiré le malheur sur nous avec ses mensonges ! C'est sa faute !

Le Maure, pris de panique mais refusant de se taire, continuait de gesticuler et de crier :
— Je jure Roi ! Je jure que c'est une femme ! Regardez-la !

La rumeur courut bientôt parmi les féticheurs qu'il fallait exécuter le Maure et utiliser sa cervelle comme remède pour guérir la blessure du prince. Les gardes s'emparèrent du délateur qui hurlait de plus belle, harcelant le roi pour tenter de prouver ses dires.

C'est alors que le cheval de Koumba poussa un hennissement si puissant qu'il figea toute l'assemblée. Sa voix magique résonna dans l'esprit du Roi :
— Ô Roi, ne verse pas le sang de cet homme, car la terre ne doit pas être souillée par le sang d'un délateur. Puisque sa langue est son arme, qu'il refuse de cesser ses harcèlements et qu'il est incapable de respecter la paix des secrets, fermons-lui la bouche à jamais ! Que son propre silence soit le remède du prince.

À cet instant, le cheval souffla une traînée de poussière scintillante sur le Maure. Aussitôt, les lèvres du délateur se scellèrent et fusionnèrent complètement. Il tenta de crier, de pointer du doigt, de postillonner ses accusations, mais plus aucun son ne sortit de sa gorge, si ce n'est un faible et ridicule bourdonnement de mouche.

Frappé par la honte absolue d'avoir perdu ce qu'il aimait le plus — sa capacité à colporter des rumeurs —, le Maure muet s'enfuit en courant vers le désert pour ne plus jamais revenir. Au même instant, le fils du roi poussa un grand soupir, ouvrit les yeux et sa blessure se referma d'elle-même, entièrement guérie par le silence enfin rétabli.

La nuit tomba sur le royaume apaisé, mais le vieux cheval se mit à hennir une dernière fois. Koumba, attristée, lui demanda pourquoi.
— Les secrets ont été gardés, mais je sens que ma mort est imminente, ma petite Koumba, dit l'animal. Une fois que je serai parti, refuse qu'on m'enterre. Fais rassembler une grande quantité de bois, de paille et de planches. Pose-les sur mon corps et brûle-moi jusqu'à ce que je ne sois plus que cendres.

Koumba éclata en sanglots :
— Si tu me quittes, je vais connaître la misère et mourir seule en terre étrangère !
— Ne crains rien, murmura le cheval, fais seulement ce que je t'ai dit.

Ils se couchèrent et le cheval s'éteignit paisiblement pendant la nuit. Koumba, en larmes, refusa l'enterrement traditionnel et exigea du roi que sa monture soit brûlée, selon sa volonté. On érigea un immense bûcher avec du bois et de la paille, on y déposa le corps du noble animal et on alluma le feu.

Une épaisse fumée commença à s'élever. Le cheval lui avait recommandé de fermer les yeux et de se tenir bien droite, face à la fumée, jusqu'à ce qu'il soit entièrement consumé. Elle plaqua ses mains sur ses paupières, inhala le parfum de la paille brûlée et resta immobile au milieu des volutes blanches.

Lorsqu'elle ouvrit enfin les yeux, le bûcher, le palais étranger et la brousse lointaine avaient disparu. Elle se tenait debout dans sa propre cour, saine et sauve, juste à côté de son père et de sa mère qui l'accueillirent avec des larmes de joie.

Koumba, le cœur encore battant de toutes ses aventures, courut se jeter dans les bras de sa mère. Elle la regarda bien en face et, d'une voix ferme et pleine de sagesse, lui fit cette promesse :
— Mère, plus jamais je ne ferai de caprices. Plus jamais je ne jugerai un homme sur de simples apparences.

Et Koumba tint parole. Quelque temps plus tard, elle accorda sa main à un jeune homme du royaume. Il n'était pas un esprit de la brousse caché sous de faux semblants, mais un être de chair et de sang. C'était un bel homme, bon et courageux, même s'il portait fièrement les cicatrices des anciens gravées sur ses tempes.

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𝐋𝐚 𝐕𝐞𝐧𝐠𝐞𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐝𝐞 𝐊𝐨𝐫𝐤𝐚

Written by admin on 12 Juillet 2026. Posted in Contes.

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𝑼𝒏𝒆 𝒒𝒖𝒆̂𝒕𝒆 𝒅𝒆 𝒋𝒖𝒔𝒕𝒊𝒄𝒆 𝒆𝒕 𝒅𝒆 𝒅𝒊𝒈𝒏𝒊𝒕𝒆́

Au cœur du Fouta, dans un village où les traditions s'enracinaient profondément dans chaque âme, vivaient deux sœurs d'une beauté qui faisait battre les cœurs. Diouldé, l'aînée, était née lors de la grande fête, où la communauté célébrait le sacrifice d’Abraham. Sa cadette, Korka, avait ouvert les yeux pour la première fois durant le saint mois de Ramadan, période de spiritualité et de renouveau.

Diouldé incarnait une grâce si captivante que ses parents, conscients de sa fragilité et de sa vulnérabilité face au monde, la protégeaient avec une vigilance empreinte d'amour. On disait que sa beauté était telle que ses yeux parlaient, que son sourire chantait, que toute sa personne respirait une lumière presque surnaturelle. Pourtant, cette beauté, loin d'être une source de fierté, était devenue une prison dorée, car elle attirait l'attention de ceux qui ne savaient pas respecter ce qu'ils ne comprenaient pas.

À plusieurs journées de chevauchée de là vivait un jeune homme appelé Bocar. Mais ce nom ne suffisait pas à capturer la nature de cet individu ; c'est pourquoi tous l'appelaient Bocaral, tant son comportement reflétait une arrogance sans limite et une brutalité qui s'exerçait impunément. Habitué à plier les volontés par la force brute ou par l'intimidation, Bocaral vivait dans la certitude que le monde lui appartenait. C'était un homme qui avait oublié – ou peut-être n'avait jamais su – que la vraie force réside dans le respect et la dignité.

Un jour, alors qu'il était assis avec ses compagnons sous l'arbre à palabres, centre de toutes les conversations du village, Bocaral entendit des histoires merveilleuses sur Diouldé. Son cœur, consumé par l'orgueil, y vit une provocation personnelle. Face à tous les hommes qui l'écoutaient, il fit un pari insensé : il jura qu'il chevaucherait jusqu'au village des deux sœurs, qu'il s'emparerait de Diouldé, et qu'il reviendrait avec sa bague en or comme trophée pour prouver à tous que rien ne pouvait lui résister.

Un matin, lorsque le village était aux champs, le bruit des sabots d'un cheval brisa le silence. Bocaral était arrivé. Diouldé, restée seule, accueillit cet étranger avec le cœur pur et l'hospitalité qu'on lui avait enseignée depuis son enfance. Elle lui offrit de l'eau fraîche pour apaiser sa soif, une simple geste d'humanité. Mais l'âme de Bocaral était devenue un désert où aucune bonté ne pouvait germer. Dans un acte de cruauté absolue, il abusa d'elle, lui arrachant non seulement sa bague – le cadeau précieux de sa mère – mais aussi son innocence et sa dignité. Pour effacer les traces de son crime immonde, il cacha le corps sans vie de Diouldé au fond du grand grenier à mil du village, ce lieu même qui symbolisait la vie, la subsistance et l'espoir de toute une communauté. Puis il s'enfuit dans la nuit, croyant son forfait enseveli pour l'éternité.

Lorsque le crépuscule peignit le ciel de couleurs sanglantes, les habitants du village découvrirent le silence horrible. Diouldé avait disparu. Les cœurs se mirent à battre frénétiquement. On la chercha partout : dans la brousse où les herbes hautes auraient pu la cacher, près du fleuve dont les eaux auraient pu la bercer, sous les ombrages épais où elle aurait pu se reposer. C'est Korka qui, en grimpant sur le grenier à mil pour puiser dans la récolte familiale, fit cette découverte qui briserait à jamais l'innocence du village. Dans ce grenier sacré, symbole de pureté et de vie, elle trouva le corps de sa sœur, souillé par le sang de la violence. C'était plus qu'un meurtre ; c'était une profanation, un blasphème contre toute la communauté.

Le Fouta fut plongé dans le deuil le plus profond. Une douleur collective étreignit chaque cœur, chaque famille. Mais avec cette douleur vint aussi la peur. Bocaral et ses proches inspiraient une terreur telle que les anciens du conseil hésitaient, paralysés par la crainte des représailles. Comment pourrait-on faire justice quand l'injustice avait tant de pouvoir ? Les hommes baissaient les yeux, résignés. C'est alors que Korka redressa le front.

Sa douleur, immense et étouffante, se transforma en quelque chose de plus puissant : une détermination froide et lucide. Korka ne voulait pas d'une vengeance sanglante qui aurait englouti des innocents dans son sillage. Elle voulait que le coupable soit démasqué, que sa culpabilité soit exposée devant tous, et que la justice, vraie et juste, soit rendue. C'était une vengeance qui prétendait à l'honneur, à la dignité restaurée.

Elle commença ses préparatifs avec un soin méticuleux. Elle prépara du mbouraké, ce mets traditionnel qui réchauffait les cœurs depuis les temps immémoriaux – un mélange délicat de couscous de mil, de pâte d'arachide et de sucre. Mais dans cette préparation tendre, Korka ajouta une herbe secrète transmise par les femmes de sa famille, un somnifère puissant capable d'endormir les corps tout en libérant les consciences, sans jamais ôter la vie. Ce choix était crucial : elle voulait endormir sans détruire, neutraliser sans tuer.

Elle sella son cheval avec des mains tremblantes et s'approcha de sa mère :
— Néénam (ma mère), dit-elle avec une voix chargée de douleur et de résolution, je m'en vais chercher celui qui a détruit notre famille. Je ne reviendrai que lorsque sa culpabilité aura été révélée au grand jour et que la justice aura réparé l'affront fait au sang de notre lignée.

Elle éperonna sa monture et chevaucha pendant des jours et des nuits, traversant des villages, côtoyant des forêts, guidée par une force intérieure que la douleur rendait inébranlable. Dans le premier village où elle entra, elle salua l'assemblée d'hommes avec courtoisie et annonça d'une voix assurée :
— Je suis à la recherche d'un mari.

Un vieux sage, assis à l'ombre, observa cette jeune femme d'une grande beauté et lança une proverbe plein de sagesse : « Je cours chercher une femme, est plus rapide que je cours chercher un mari ! »

Korka sourit avec bienveillance et précisa sa pensée :
— Je suis à la recherche d'un mari, mais je n'apprécie que les hommes d'une insolence remarquable.

Tous les hommes se levèrent aussitôt, éblouis par sa beauté et croyant reconnaître en elle un prix à conquérir. Chacun vanta ses propres méfaits, énumérant des actes dont il était "fier" avec une naïveté touchante. Korka secoua la tête avec une expression empreinte de compassion et leur dit :
— Vous n'êtes pas assez insolents pour m'épouser.

Elle quitta ce village et en traversa sept autres, guidée par un instinct qui la rapprochait du criminel. Dans chaque place, elle répétait sa quête, comme une litanie de douleur déguisée en recherche d'amour. Finalement, elle arriva dans le village de Bocaral. C'était un jour de grande fête, où l'on battait le tamtam pour célébrer le tournoi annuel de lutte. À son arrivée, les tambours s'arrêtèrent, comme si le destin lui-même retenait son souffle.

Korka répéta sa quête devant la foule silencieuse. C'est alors que Bocaral se leva, cette créature emplie d'arrogance, et vint se planter devant elle. Dans un geste de brutalité mémorielle, il la bouscula et cria :
— Toi, étrangère, descends de ce cheval ! Je suis l'homme que tu cherches ! Regarde, c'est moi qui ai trouvé la plus belle des belles, celle dont on parlait partout. Je l'ai prise et j'ai caché son corps là où personne ne pourrait la trouver. Et voici sa bague en or, la preuve de ma victoire !

Korka reconnut le bijou de sa mère. Son cœur menaça de se briser, mais elle contint son émmotion et, avec un courage surhumain, elle descendit de son cheval. Elle feignit la soumission, cache de sa rage intérieure :
— Tu es mon homme, c'est exactement toi que je cherchais !

Bocaral, ayant des combats de lutte à poursuivre, la confia aux femmes de sa maison. Dès qu'il eut le dos tourné, Korka offrit généreusement le mbouraké à la mère et aux sœurs de Bocaral. Le mélange sucré et parfumé les séduisit ; elles en mangèrent avec gratitude et sombrèrent dans un sommeil profond et sans rêves.

Korka constata que Bocaral portait toujours la bague sur lui. Elle quitta discrètement la concession et se posta à la lisière de la brousse, sous un grand arbre aux feuilles immenses, attendant le moment de la révélation.

Lorsque les luttes furent terminées, Bocaral chercha Korka et la trouva sous l'arbre. Dans sa fureur, il armason fusil :
— Tu n'auras pas l'opportunité de raconter ce que tu as vu !

C'est alors que Korka utilisa sa ruse la plus fine, celle qui exploitait l'orgueil démesuré de cet homme :
— J'accepte mon sort, Bocaral. Tu as vaincu. Mais accorde-moi une dernière volonté : que je ne meure pas seule sur la terre nue. Grimpe sur cet arbre et coupe quelques-unes de ces grandes feuilles pour nous créer une couche digne de notre rencontre.

Ces paroles, prononcées avec une finesse subtile, réveillèrent la luxure et la vanité de Bocaral. Croyant triompher totalement, il déposa son arme contre le tronc et commença à grimper. C'était exactement l'erreur que Korka attendait. En un éclair, elle se saisit du fusil et tira un coup en l'air. Terrorisé, Bocaral perdit l'équilibre et tomba au sol, vaincu par son propre désir.

Avant qu'il ne reprenne ses esprits, Korka le neutralisa et le ligota solidement. Elle lui arracha la bague en or et le traîna vers le retour.

Lorsqu'ils arrivèrent au village, la foule se rassembla. Korka força Bocaral à s'agenouiller devant les sages et déclara :
— Il a profané notre terre et assassiné ma sœur Diouldé. Voici la preuve.

Le conseil prononça sa sentence : Bocaral fut banni, dépouillé et emprisonné, son nom effacé des mémoires.

Korka déposa la bague dans la main de sa mère :
— La dignité de Diouldé est restaurée. La paix est revenue.

Puisse l'histoire de Korka rappeler que face à la violence, la ruse, la droiture et la justice se lèveront toujours pour restaurer la vérité. Que ce conte soit un baume pour les mémoires offensées et un avertissement pour les infâmes qui se croient au-dessus de la justice.
𝑻𝒐𝒏𝒕𝒐𝒏 𝑩𝒂𝒅𝒐𝒖

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Yacouba

Written by admin on 9 Mai 2026. Posted in Contes.

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Le chasseur et le génie 

Dans un grand royaume d’Afrique de l’Ouest, au bord d’un fleuve large comme la mer, les habitants ne riaient plus beaucoup. Les tam-tams restaient silencieux le soir, les marchés fermaient tôt, et même les enfants jouaient moins dans les ruelles.


Parce qu’un terrible génie nommé Koba semait la peur dans tout le pays.

À chaque mariage, le même malheur arrivait. Quand les jeunes mariés s’endormaient pour leur première nuit ensemble… pouf ! Le génie enlevait la jeune épouse et disparaissait dans la nuit.

Les familles pleuraient. Les anciens secouaient la tête avec tristesse. Et le roi du royaume, le sage roi Bakary, ne savait plus quoi faire.

Un jour, dans un village voisin, vivait un jeune chasseur courageux nommé Yacouba.

Yacouba était connu pour son grand cœur, son adresse à l’arc et son courage. Il vivait avec son fidèle chien, qui le suivait partout.

Quand Yacouba entendit parler du génie Koba, il déclara :

— Je ne peux pas rester sans rien faire pendant que des familles souffrent. J’irai dans ce royaume, et je mettrai fin à cette malédiction !

Ses amis ouvrirent de grands yeux.

— Tu es fou ! Personne n’a jamais vaincu Koba !

Mais Yacouba répondit calmement :

— Le courage est plus fort que la peur.

Alors il prit son arc, ses flèches, un sac de provisions et partit sur les pistes rouges de la savane.

Quand Yacouba arriva au palais du roi Bakary, les gardes le conduisirent aussitôt devant le roi.

— Pourquoi es-tu venu, jeune homme ? demanda le roi.

— Je suis venu épouser votre fille, la princesse Aminata. Et je combattrai le génie Koba.

Le roi soupira.

— Beaucoup d’hommes courageux ont essayé avant toi… aucun n’est revenu victorieux.

Mais Yacouba répondit :

— Tant qu’on essaie, l’espoir vit encore.

Le roi fut impressionné par sa détermination. Il accepta donc le mariage.

Pendant trois jours et trois nuits, le royaume entier fit la fête. Les griots chantaient, les femmes dansaient, et les enfants couraient partout en riant. On espérait tous que cette fois, le malheur prendrait fin.

Mais pendant la nuit de noces, alors que tout le palais dormait, un vent glacé souffla. Les lampes s’éteignirent.

Et quand Yacouba se réveilla, la princesse Aminata avait disparu.

Le jeune chasseur serra les poings, mais il ne pleura pas.

— Koba… je vais te retrouver.

Avant l’aube, Yacouba alla voir un vieux sage nommé Samba, qui connaissait les secrets invisibles du monde.

Le vieil homme ferma les yeux longtemps, puis dit :

— Koba cache les femmes de l’autre côté du grand fleuve. Mais pour le vaincre, écoute bien ceci…

Le sage parla d’une étrange créature nommée Louti.

— Le génie vit dans Louti, l’antilope-jument magique. Dans Louti se cache une petite antilope. Dans cette antilope se trouve un corbeau noir. Et dans le corbeau se cache un œuf magique. Si tu brises cet œuf, le pouvoir de Koba disparaîtra.

Puis le sage ajouta :

— Chaque jour, vers le milieu du soleil, Louti vient boire près du rocher du fleuve.

Yacouba remercia le sage et repartit aussitôt.

En chemin, Yacouba et son chien rencontrèrent un grand lion au pelage doré.

Le lion rugit si fort que les arbres tremblèrent.

Mais au lieu d’attaquer, il demanda :

— Où vas-tu, jeune chasseur ?

Quand il entendit l’histoire, le lion déclara :

— Un homme qui combat pour sauver les autres ne doit pas voyager seul. Je viens avec toi.

Plus loin dans le ciel, un immense aigle entendit aussi leur mission.

— Moi aussi, je vous aiderai, dit-il en déployant ses ailes immenses.

Et ainsi, le chasseur, le chien, le lion et l’aigle poursuivirent leur route ensemble.

Quand ils arrivèrent près du fleuve, le lion creusa une cachette derrière les hautes herbes.

Tous attendirent en silence.

Le soleil monta dans le ciel.

Puis, enfin, Louti l’antilope-jument arriva près du rocher pour boire.

Alors tout se passa très vite.

Le lion bondit et attrapa Louti.

Du ventre de Louti surgit une petite antilope qui partit en courant.

Le chien la poursuivit à toute vitesse et la rattrapa.

Soudain, un grand corbeau noir s’envola dans le ciel.

Mais l’aigle plongea comme une flèche et l’attrapa dans ses serres.

Le corbeau lâcha alors un œuf brillant.

Yacouba le saisit…

…et l’écrasa de toutes ses forces contre une pierre.

À cet instant, un grand vent traversa le fleuve.

Puis des voix joyeuses résonnèrent au loin.

Toutes les femmes enlevées par Koba réapparurent, libres et saines et sauves.

Parmi elles se trouvait la princesse Aminata.

Le peuple accueillit Yacouba en héros. Les tam-tams résonnèrent toute la nuit, et les habitants dansèrent jusqu’au lever du soleil.

Depuis ce jour, dans les villages au bord du fleuve, les anciens racontent encore cette histoire aux enfants.

Car ils veulent leur rappeler ceci :

Le courage, l’amitié et la solidarité peuvent vaincre même les plus grandes peurs.

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